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Évènements

Agenda · PNT

Événements & Rencontres

Séminaires, conférences et ateliers autour des grandes transitions — énergétique, géopolitique, démographique et numérique.

Événements passés

03 Avr 2026
Séminaire inaugural Paris — Hôtel Crowne Plaza, 10 Place de la République, 75011

Agir avant que tout bascule : crise du développement, fin du multilatéralisme et défis stratégiques pour les pays du Sud

PNT est né d'un constat partagé : les sociétés et les États d'Afrique du Nord sont entrés dans une phase où les transitions économiques, sociales, climatiques et géopolitiques ne peuvent plus être abordées par des réponses sectorielles, technocratiques ou purement réactives. Le retrait progressif des bailleurs traditionnels, l'affaiblissement du multilatéralisme et la brutalisation des relations internationales rendent désormais indispensable une capacité stratégique autonome.

L'objectif de PNT est d'encourager les élites nord-africaines à adopter une démarche stratégique de long terme afin de faire face à des défis devenus impérieux, notamment l'entrée dans une phase de post-développement, l'intensification des effets du changement climatique, la transition énergétique et la fragmentation de l'économie globale.

Programme détaillé

Note de cadrage 3 avril 2026 · Hôtel Crowne Plaza, Paris
14h30 – 15h00
Accueil des participants
15h00 – 15h10
Présentation du Policy Network for Transitions (PNT)

PNT est né d'un constat partagé : les sociétés et les États d'Afrique du Nord sont entrés dans une phase où les transitions économiques, sociales, climatiques et géopolitiques ne peuvent plus être abordées par des réponses sectorielles, technocratiques ou purement réactives. Le retrait progressif des bailleurs traditionnels, l'affaiblissement du multilatéralisme et la brutalisation des relations internationales rendent désormais indispensable une capacité stratégique autonome.

L'objectif de PNT est d'encourager les élites nord-africaines à adopter une démarche stratégique de long terme afin de faire face à des défis devenus impérieux, notamment l'entrée dans une phase de post-développement, l'intensification des effets du changement climatique, la transition énergétique et la fragmentation de l'économie globale.

15h10 – 15h20
Thématique du séminaire
Modération : Dr Nadia Marzouki

Le séminaire inaugural du Policy Network for Transitions vise à ouvrir un espace de réflexion sur une transformation majeure du système international : la crise conjointe du développement, de l'humanitaire dans un contexte de recomposition géopolitique accélérée.

La réduction massive des budgets d'aide au développement, la perte de crédibilité des institutions multilatérales, l'effondrement du pouvoir normatif des bailleurs occidentaux et la montée d'un ordre international transactionnel posent des défis d'ampleur aux pays du Sud.

Dans ce nouveau contexte, les pays du Sud se trouvent confrontés à un triple défi : la tendance au déni et au report des décisions ; la disparition progressive des cadres traditionnels d'assistance et de stabilisation ; la nécessité de repenser les modalités d'insertion dans l'économie globale.

Située à l'interface entre l'Afrique subsaharienne et l'Europe, l'Afrique du Nord occupe une position stratégique centrale dans ces transformations.

15h20 – 15h40
Repenser le moment géopolitique actuel : défis et opportunités pour la Méditerranée
Dr Karim Emile Bitar
Titulaire de la Chaire Georges Corm en économie politique et relations internationales, Université Saint Joseph (Liban) · Enseignant à Sciences Po Paris

Le monde est entré dans un moment géopolitique inédit, au cours duquel les règles du commerce, de l'aide au développement, de l'action humanitaire et de la gouvernance globale sont en train d'être redessinées.

Les pays de la rive sud de la Méditerranée se trouvent désormais dans l'obligation de repenser ce moment et naviguer dans ces transformations profondes.

15h40 – 16h00
Résilience, efficacité et autonomie stratégique : le triptyque gagnant des pays du Sud dans un monde multipolaire
Dr Alexandre Kateb
Expert · Directeur de The Multipolarity Project

La montée du protectionnisme et des barrières douanières de toutes sortes, le retour des politiques industrielles, l'affirmation de l'impératif de sécurité énergétique et la transformation des règles de la finance mondiale entérinent progressivement la fragmentation de l'ordre global.

Sans prétendre esquisser une recette du succès dans un monde de plus en plus marqué par l'incertitude, ce moment global pousse les pays du Sud à se doter d'un positionnement stratégique articulant résilience, efficacité et autonomie stratégique.

16h00 – 16h20
Vers la fin de l'humanitaire et du développement. Quels nouveaux modèles et quelles conséquences pour les pays africains et nord-africains ?
Expert onusien

Cette intervention analysera la crise structurelle du système international de développement et de l'aide humanitaire dans un contexte de fragmentation géopolitique et de retrait durable des bailleurs traditionnels.

Elle examinera l'émergence de nouveaux modèles fondés sur la gestion du risque, les mécanismes d'assurance et l'implication accrue du secteur privé dans les contextes fragiles et post-conflit.

16h20 – 17h50
Discussion ouverte
17h50
Cocktail dînatoire

Compte rendu

Séminaire inaugural 3 avril 2026 · Paris

Agir avant que tout bascule : crise du développement, fin du multilatéralisme et défis stratégiques pour les pays du Sud

Le séminaire inaugural du Policy Network for Transitions, organisé à Paris avec une trentaine de participants, a confirmé l'intuition fondatrice de l'organisation : nous ne sommes plus dans un moment de transition à venir, mais dans un monde déjà transformé, où les catégories héritées — développement, multilatéralisme, gouvernance, démocratie — ont perdu leur capacité explicative et opératoire.

Partie I

Les apports du séminaire à l'identité de PNT

Les discussions ont fait apparaître un diagnostic partagé : le basculement géopolitique est consommé. Le multilatéralisme n'est plus un cadre structurant, mais un système en érosion. Les normes internationales sont contestées ou contournées. Les rapports de force se recomposent autour de logiques de puissance brute, de fragmentation régionale et de transactionnalité généralisée. Dans ce contexte, les États, y compris en Afrique du Nord, apparaissent de plus en plus comme des entités affaiblies, prises dans une tension entre souverainisme discursif et perte effective de souveraineté.

Ce constat redéfinit profondément la mission du PNT. L'organisation ne peut se situer ni dans le prolongement des cadres traditionnels de l'aide, ni dans celui des approches technocratiques sectorielles. Elle se positionne comme un espace de repolitisation des enjeux contemporains, visant à réintroduire le politique là où il a été évacué au profit de catégories techniques (résilience, gouvernance, efficacité, transition).

Les échanges ont également mis en évidence une mutation fondamentale du paradigme du développement. L'aide internationale, historiquement liée à un ordre multilatéral et à une fonction de projection d'influence, est en train de se transformer en un système de gestion du risque, largement financiarisé et orienté vers la mobilisation du secteur privé. Cette transformation s'accompagne d'un déplacement de la responsabilité vers les acteurs locaux, sans redistribution réelle des capacités d'action. Le développement cesse ainsi d'être un projet de transformation pour devenir un mécanisme d'adaptation à des contraintes exogènes.

Dans ce contexte, la notion d'Agency est apparue comme centrale. Qui décide ? Qui agit ? Qui porte la responsabilité des transformations ?

La réponse dominante aujourd'hui tend à marginaliser les sociétés locales, tout en externalisant les décisions stratégiques. Le PNT se donne précisément pour objectif de contribuer à la reconstruction de cette capacité d'action, en articulant réflexion stratégique, analyse critique et production de cadres alternatifs.

Un autre enseignement majeur des discussions concerne la nécessité de penser les transitions dans leur pluralité et leur interdépendance. Transition énergétique, transformation industrielle, mutations technologiques, recompositions géopolitiques et évolutions sociales ne peuvent plus être abordées de manière isolée. Elles participent d'un même moment historique caractérisé par l'incertitude, la non-prédictibilité et l'accélération.

Dans cet environnement, la stratégie ne peut plus être conçue comme une planification linéaire fondée sur des hypothèses stables. Elle doit intégrer la volatilité, la conflictualité et la possibilité de ruptures brutales. Cela implique de dépasser les approches managériales de la gouvernance pour réintroduire une réflexion politique sur les arbitrages, les priorités et les trajectoires.

Enfin, le séminaire inaugural a souligné le rôle spécifique de l'Afrique du Nord comme espace stratégique. Située à l'interface entre l'Afrique, l'Europe et le Moyen-Orient, la région concentre les effets des recompositions globales : fragmentation du multilatéralisme, redéfinition des chaînes de valeur, tensions sécuritaires et transformations des modèles de développement. Elle constitue à la fois un espace de vulnérabilité et un laboratoire potentiel de recomposition stratégique.

Dans ce cadre, le PNT se conçoit comme un incubateur de réflexion stratégique collective, capable de fédérer des acteurs issus de différents horizons — chercheurs, praticiens, décideurs, membres de la société civile — afin de produire des analyses ancrées dans les réalités régionales tout en s'inscrivant dans les dynamiques globales.

L'enjeu n'est pas de proposer des solutions immédiates, mais de reconstruire les conditions d'une pensée stratégique autonome, condition préalable à toute forme de souveraineté, de développement et, à terme, de démocratisation.

Partie II

Synthèse des interventions et des discussions

Un basculement déjà accompli

La table ronde organisée par le Policy Network for Transitions s'inscrit dans un contexte marqué par une transformation profonde du système international. L'un des constats les plus saillants des discussions est que le basculement géopolitique n'est plus une hypothèse mais une réalité. Le monde de l'après-guerre froide, structuré par le multilatéralisme, les normes internationales et l'hégémonie occidentale, est désormais en voie de disparition.

Les participants convergent vers l'idée que nous sommes entrés dans un monde caractérisé par la fragmentation, la montée des logiques de puissance et l'effacement des cadres normatifs. Cette transformation affecte non seulement les relations internationales, mais aussi les paradigmes du développement, de l'humanitaire et de la gestion des conflits.

1. La fin du multilatéralisme et le retour de la puissance

L'intervention de Karim a posé un diagnostic sans ambiguïté : le monde a déjà basculé vers un ordre marqué par la primauté de la force. Le multilatéralisme est en crise profonde, tandis que les grandes puissances adoptent des logiques de confrontation directe.

Caractéristiques du nouveau contexte

  • Un retour à une politique de puissance assumée
  • Une remise en cause des alliances traditionnelles
  • Une hybridation entre néoconservatisme et logique transactionnelle
  • Une montée des discours messianiques et idéologiques

La conséquence principale est une instabilité structurelle, marquée par des risques accrus de fragmentation régionale, notamment au Moyen-Orient. Cette dynamique remet en cause les fondements mêmes de l'ordre international fondé sur des règles.

2. La crise structurelle du développement

L'intervention d'Alexandre et de l'expert onusien mettent en lumière une crise plus profonde : celle du paradigme du développement lui-même. Historiquement, le développement apparaît comme un instrument géopolitique, inscrit dans la logique de la guerre froide. Dès ses origines, il est traversé par des contradictions entre objectifs politiques, économiques et normatifs.

Manifestations de la crise actuelle

  • L'échec des politiques d'ajustement structurel
  • La dépolitisation des débats économiques
  • La perte de crédibilité des institutions internationales
  • La réduction des financements pour les pays les plus vulnérables

Plus fondamentalement, le développement est en train de se transformer en un système de gestion du risque, centré sur la financiarisation de l'aide, l'utilisation d'instruments comme le blended finance et le transfert des risques vers les acteurs locaux. Cette évolution marque le passage d'un projet de transformation à une logique d'adaptation.

3. La centralité de la souveraineté et de l'Agency

Un thème central des discussions est celui de l'Agency et de la souveraineté. Les participants soulignent que la question fondamentale n'est plus celle du développement en tant que tel, mais celle de la capacité des États et des sociétés à agir.

Dans un contexte de prédation globale, la priorité devient la préservation des capacités d'action : capacité à définir des stratégies autonomes, capacité à résister aux pressions externes, capacité à anticiper les transformations. Cette réflexion conduit à relativiser certaines priorités traditionnelles, notamment la démocratie et la gouvernance, qui apparaissent secondaires face aux enjeux de survie et de souveraineté.

4. Repenser la stratégie dans un monde non prédictible

Les discussions mettent en évidence une transformation du rapport au temps et à la stratégie. Dans un monde marqué par l'incertitude et la volatilité, les approches traditionnelles de planification apparaissent inadaptées.

La stratégie doit désormais intégrer la non-prédictibilité des acteurs, la centralité des émotions et des perceptions, la personnalisation du pouvoir et l'accélération des transformations technologiques. Cela implique de dépasser les approches linéaires pour adopter des cadres plus flexibles, capables de s'adapter à des environnements instables.

5. L'Afrique et l'Afrique du Nord comme espaces stratégiques

L'Afrique apparaît comme l'un des principaux espaces de transformation à l'échelle globale. Elle combine une croissance démographique rapide, des ressources stratégiques et un potentiel économique important.

L'Afrique du Nord, en particulier, occupe une position charnière à l'interface entre l'Europe, l'Afrique et le Moyen-Orient. Cette position lui confère un rôle stratégique dans les recompositions en cours. Cependant, la région est confrontée à plusieurs défis : stagnation économique, fragmentation politique, dépendance externe, absence de projets structurants.

Conclusion : vers une reconstruction de la capacité de réflexion stratégique

La table ronde met en évidence la nécessité de repenser en profondeur les cadres d'analyse et d'action. Les paradigmes hérités ne permettent plus de comprendre ni d'agir dans le monde actuel.

Dans ce contexte, le rôle d'initiatives comme le PNT est crucial. Il s'agit de reconstruire une capacité de réflexion stratégique, en articulant analyse critique, production de connaissances et mise en réseau des acteurs. L'enjeu n'est pas seulement intellectuel. Il est politique : il s'agit de redonner aux sociétés la capacité de définir leur avenir dans un monde en recomposition.

Partie III · Synthèse articulée

Du post-multilatéralisme au post-développement : repolitiser la stratégie dans un monde en fragmentation

Le moment historique dans lequel nous sommes entrés ne peut plus être appréhendé comme une simple phase de transition graduelle. Les discussions ont au contraire convergé vers l'idée que le basculement a déjà eu lieu. Nous ne sommes plus à la veille d'un changement d'ordre international ; nous vivons déjà dans le monde d'après. Ce constat, qui traverse aussi bien les analyses géopolitiques que les réflexions sur le développement, oblige à réviser en profondeur les catégories qui ont structuré la pensée politique internationale au cours des dernières décennies.

Le multilatéralisme, le développement, la gouvernance, la résilience, voire la démocratisation elle-même, ne peuvent plus être mobilisés comme des évidences ou comme des cadres neutres. Ils doivent être réinterrogés à partir de leurs conditions historiques de formation, de leurs usages politiques et de leur épuisement actuel.

L'un des acquis les plus importants de la discussion est précisément d'avoir refusé de traiter séparément ce que le langage dominant présente comme des domaines distincts : d'un côté la géopolitique, de l'autre le développement ; d'un côté les conflits, de l'autre les politiques publiques ; d'un côté les contraintes systémiques, de l'autre les marges d'action nationales. Au contraire, tout indique aujourd'hui un enchevêtrement croissant du politique, de l'économique, du technologique, du militaire et du social.

Le langage demeure souvent celui du développement, de la coopération ou de la stabilité, alors même que les logiques à l'œuvre sont désormais celles de la puissance, de la sécurisation, de la fragmentation et de la gestion du risque.

La fin d'un ordre normatif

L'idée selon laquelle le système international contemporain resterait structuré, même imparfaitement, par un ordre normatif hérité de 1945 apparaît de moins en moins tenable. Les principes qui formaient l'architecture morale et juridique du multilatéralisme d'après-guerre — sécurité collective, respect de la souveraineté, refus de l'annexion par la force, centralité du droit international — subsistent dans les textes, mais ne produisent plus les effets organisateurs qu'on leur prêtait.

Ce qui s'est imposé au fil des échanges est l'idée d'un ordre post-normatif, non pas au sens où toute norme aurait disparu, mais au sens où les normes n'encadrent plus réellement la conduite des puissances. Elles sont invoquées, sélectionnées, contournées ou suspendues selon les rapports de force.

Le basculement géopolitique a déjà eu lieu. Les monstres ne sont plus à l'horizon ; ils sont au pouvoir.

Cette formule, qui a marqué la discussion, ne désigne pas simplement la montée de dirigeants plus brutaux ou plus cyniques. Elle renvoie à une mutation plus profonde : la disparition des médiations qui permettaient autrefois d'enrober la domination dans un langage de principes, de droits ou d'universalité. Nous ne sommes pas simplement revenus à la realpolitik classique. Nous avons affaire à une configuration plus instable, où se combinent la politique de puissance du XIXᵉ siècle, des résidus néoconservateurs et un transactionnalisme décomplexé.

Les conséquences de ce basculement sont particulièrement visibles au Moyen-Orient, où la guerre, la radicalisation et les dynamiques de fragmentation ont cessé d'être des anomalies pour devenir des modes ordinaires de gouvernement de la région. Ce qui inquiète ici n'est pas seulement la guerre comme telle, mais la manière dont la fragmentation elle-même tend à devenir une fatalité.

Ce changement de contexte oblige aussi à réviser notre manière de penser la stratégie. Dans un univers marqué par la post-vérité, par l'hyper-volatilité des discours et par la personnalisation extrême du pouvoir, la stratégie ne peut plus être pensée comme dans le cadre d'un monde relativement prévisible. La montée de l'idiosyncrasie, l'importance croissante des psychologies de dirigeants, le rôle des émotions, de la peur et des passions tristes transforment en profondeur les conditions de la décision politique.

Le développement comme fiction politique en crise

Cette crise du multilatéralisme entraîne une crise parallèle, mais non séparée, du développement. Le développement n'a jamais été un domaine purement technique. Dès son origine, il fut un projet géopolitique. Il ne s'agissait pas d'abord d'organiser la prospérité partagée, mais de stabiliser des espaces jugés vulnérables, de contenir des adversaires et de structurer une hiérarchie mondiale dans laquelle certains États définissaient les trajectoires souhaitables pour d'autres.

L'histoire du développement est, à cet égard, une histoire de déplacements successifs. D'abord lié aux logiques coloniales puis à l'ordre d'après-guerre, il a été remodelé par les programmes d'ajustement structurel, par la libéralisation économique, puis par les discours sur la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, le développement humain, le développement durable et enfin la résilience. Chacune de ces séquences a déplacé les termes du problème, mais sans remettre en cause la question centrale : qui définit les priorités, qui assume les coûts, et au profit de qui ces politiques sont conduites ?

Or c'est ce vocabulaire lui-même qui vacille aujourd'hui. La bonne gouvernance, la résilience, l'efficacité, l'autonomie stratégique ont été présentées comme des notions de gestion neutres, presque universelles. Pourtant, elles appartiennent à une logique managériale qui transpose aux États des catégories conçues pour l'entreprise. Elles occultent les rapports de pouvoir, les hiérarchies internationales, les asymétries matérielles et les conflits de distribution.

Cette évolution est particulièrement visible dans la montée du paradigme de la résilience. Là où le développement prétendait encore, même de manière souvent illusoire, transformer les structures économiques et sociales, la résilience se contente de rendre supportables les chocs. Elle ne promet plus l'émancipation ; elle organise la capacité à absorber la douleur.

De l'aide à la gestion du risque

Le tournant contemporain du système international de l'aide peut être résumé comme le passage d'un paradigme de transformation à un paradigme de gestion du risque. Il ne s'agit plus, dans les faits, de produire du développement au sens fort, mais d'atténuer des chocs, de sécuriser des investissements et de maintenir des environnements suffisamment stables pour qu'ils restent intégrables à l'économie mondiale.

Dans ce cadre, l'aide se financiarise. Les instruments dominants deviennent les garanties, les assurances, les dispositifs de blended finance, les mécanismes de couverture des premières pertes. L'objectif affiché est de mobiliser le secteur privé, de passer des billions aux trillions. Mais la logique réelle est ailleurs : il s'agit moins de financer les besoins sociaux que de réduire l'exposition des investisseurs aux risques.

Cette transformation s'accompagne d'une modification profonde de la distribution de la responsabilité. La question décisive est celle de l'agency. Qui agit ? Qui décide ? Qui est tenu responsable ? Le système émergent a ceci de particulier qu'il tend à transférer la charge de l'adaptation vers les sociétés locales tout en maintenant les centres de décision à l'extérieur. Les communautés locales deviennent responsables de la gestion des risques, alors même qu'elles n'ont ni créé ces risques ni les moyens d'en modifier les causes structurelles.

Le recours croissant au secteur privé est présenté comme une réponse pragmatique à l'épuisement des financements publics. Pourtant, rien n'indique qu'il soit capable de répondre aux besoins des contextes les plus fragiles. Ce qui apparaît à ce stade, au contraire, c'est une concentration des flux vers les contextes intermédiaires, les secteurs extractifs, les espaces jugés rentables ou stratégiques, tandis que les régions les plus vulnérables restent structurellement sous-financées.

Politiser : que veut dire repolitiser ?

L'une des questions les plus fécondes posées au cours de la discussion fut celle-ci : que veut dire exactement politiser ? La politisation ne signifie pas seulement réintroduire un discours idéologique là où régnerait une prétendue neutralité. Elle consiste d'abord à rétablir les liens entre des décisions présentées comme techniques et les rapports de pouvoir qu'elles organisent.

Politiser la transition énergétique, par exemple, ce n'est pas moraliser le débat ; c'est poser les questions que le langage technocratique tend à évacuer : qui paie le coût de la transition, qui capte la rente verte, quel tissu productif est renforcé, quelle souveraineté énergétique ou industrielle est visée, et à quelles coalitions sociales et politiques une telle transition peut s'adosser.

Être politique aujourd'hui, c'est chercher à regagner de l'agency et à redonner de la souveraineté. Non pas au sens d'un durcissement autoritaire, mais au sens de la reconquête de marges de décision réelles.

Souveraineté, stagnation et survivalisme

La souveraineté est apparue comme le concept central du moment. Mais les échanges ont aussi montré combien ce terme est saturé d'ambiguïtés. Il existe aujourd'hui des souverainismes sans souveraineté, des discours anti-impérialistes sans autonomie réelle, des rhétoriques de résistance dépourvues de capacité productive, institutionnelle ou sociale.

Un point crucial du débat a été d'insister sur le fait qu'un État ne protège pas sa souveraineté par le seul autoritarisme. Au contraire, l'autoritarisme, lorsqu'il s'accompagne de stagnation économique, d'inefficacité structurelle et de fermeture des horizons, alimente une instabilité exponentielle. La souveraineté exige des capacités, une flexibilité, une insertion stratégique dans le contexte régional et la préservation des intérêts vitaux.

La notion de stagnation permet de comprendre la violence, la fragmentation et le désenchantement non seulement comme des produits de conflits politiques, mais aussi comme les effets d'un épuisement des promesses historiques. Les sociétés d'Afrique du Nord vivent dans un entre-deux où les anciens récits de progrès ont perdu leur crédibilité, sans que de nouveaux projets structurants aient émergé. C'est en ce sens qu'il a été question de pays sans projet.

Dans le même temps, certains contextes régionaux, notamment au Levant, semblent déjà relever d'une logique de survie. Là où le Levant affronte une menace existentielle et vit dans l'immédiateté du survivalisme, l'Afrique du Nord dispose encore, malgré la dégradation des conditions, d'un espace pour se projeter. Ce « luxe » relatif crée une responsabilité particulière. Il rend d'autant plus urgente la construction d'une pensée stratégique capable d'éviter que la région ne glisse, elle aussi, dans le pur mode survie.

L'Afrique et l'Afrique du Nord comme espaces stratégiques

Un autre apport important de la discussion a été de déplacer le regard vers l'Afrique, non comme simple périphérie de crises à gérer, mais comme l'un des principaux espaces de croissance, de ressources et de recomposition à l'échelle mondiale. Cette perspective oblige à rompre avec une vision linéaire du développement.

Les interventions ont insisté sur le caractère disruptif de certaines dynamiques africaines : rapidité des transformations sociales, montée de nouvelles générations ayant un accès direct au savoir mondial, rôle croissant des diasporas euro-africaines, émergence de formes d'entrepreneuriat, d'innovation et de circulation des connaissances qui échappent aux vieux schémas.

Pour autant, cette ouverture n'a rien d'automatique. Elle se heurte à des blocages structurels majeurs, notamment dans les domaines de l'énergie, des technologies critiques, de l'eau, des infrastructures et des alliances industrielles. On ne peut pas parler sérieusement d'intelligence artificielle, de transition technologique ou de réindustrialisation sans poser les questions fondamentales : qui contrôle l'énergie, qui détient les puces, qui maîtrise les chaînes d'approvisionnement, qui sécurise l'eau, quels intrants sont stratégiques, et quelles ressources régionales peuvent constituer des leviers géopolitiques.

L'Afrique du Nord, dans cette perspective, n'est ni une simple extension de l'Europe, ni un appendice du Moyen-Orient. Elle doit être pensée comme un espace stratégique propre, situé à l'intersection du Maghreb, de l'Afrique subsaharienne, du voisinage arabe et de la Méditerranée. Il ne s'agit plus de penser le Maghreb à partir du seul regard européen, mais de réfléchir à sa place dans un monde où ses relations avec l'Afrique, avec le Moyen-Orient et avec le Sud global deviennent décisives.

Que faire ?

La question finale qui traverse tout le séminaire est celle du « que faire ? ». Elle n'a pas reçu de réponse simple, et c'est heureux. Mais les débats permettent d'esquisser quelques lignes de force.

Trois lignes de force

  • Éviter la tentation de la tabula rasa. L'effondrement complet des institutions n'ouvrirait pas mécaniquement un espace de reconstruction ; il risquerait d'installer une anarchie prolongée dont les sociétés sortiraient plus faibles encore.
  • Refuser la dépolitisation. Tout l'effort du PNT consiste précisément à rouvrir l'espace d'une pensée stratégique qui n'abandonne ni les conflits, ni les rapports de pouvoir, ni les enjeux de souveraineté à la technocratie.
  • Reconstruire des projets. Non pas des utopies abstraites ou des visions importées, mais des projets situés, audacieux, capables d'articuler souveraineté, justice sociale, capacité productive, intégration régionale et horizon émancipateur.

Le mot d'émancipation, proposé en conclusion, est ici essentiel. Il permet de dépasser l'alternative stérile entre résignation technocratique et rhétorique radicale vide. Il rappelle que la question centrale n'est pas seulement celle de la survie, mais celle de la capacité des sociétés à redevenir actrices de leur propre trajectoire.

La tâche spécifique d'un espace comme le Policy Network for Transitions : non pas produire un énième commentaire sur les crises du présent, mais contribuer à reformuler les termes du débat, à clarifier les concepts, à relier des enjeux trop souvent fragmentés, et à rendre pensable ce que le langage dominant rend invisible.

À l'heure où les anciens mythes se défont et où les instruments survivent à leurs finalités, la réflexion stratégique redevient une condition de l'action, et peut-être même, plus fondamentalement, une condition de la souveraineté.