La guerre que les États-Unis et Israël ont déclenchée contre l’Iran à la fin du mois de février 2026 continue de peser lourdement sur l’activité économique mondiale. En Afrique du Nord, ces effets se transmettent d’abord par le canal de l’énergie. Pour des importateurs d’énergie comme le Maroc, la Tunisie et l’Égypte, les factures d’importation de pétrole brut, de gaz naturel et de produits pétroliers ont sensiblement augmenté au fil de l’année. Les dépenses de subventions, accrues et non planifiées, pèsent quant à elles sur les comptes publics de chaque pays, à des degrés divers.
Au Maroc, c’est le gazole qui est au cœur du problème. Depuis que la campagne américano-israélienne contre l’Iran a commencé, le prix au comptant du gazole reste élevé, s’échangeant à environ le double des niveaux de 2025. En raison d’une capacité de raffinage nationale limitée, les importations de gazole ont porté à 2,2 milliards de dollars le coût des importations d’énergie entre mars et août.1 L’effet s’est fait sentir sur le solde budgétaire autant que sur le compte courant marocain. À l’été, les soutiens d’urgence devaient coûter au Trésor 1,2 % du PIB pour l’année.2 (Des fonds ont été alloués pour protéger les ménages de la hausse des coûts de l’électricité et les transporteurs de la hausse des prix du butane.) Et ces estimations sont presque certainement prudentes. Les indicateurs avancés suggèrent que les prix du gazole vont s’envoler tout au long de l’automne : le 10 septembre, les contrats à terme américains sur le gazole se négociaient à leur plus haut niveau historique, tandis que ceux cotés à Londres dépassaient également leurs précédents sommets.
En Égypte, le surcoût des importations d’énergie imputable à la crise d’Ormuz avait dépassé 5,2 milliards de dollars à la fin du mois d’août.3 L’approvisionnement en gaz naturel liquéfié et en pétrole brut — rendu plus difficile par la suspension, par Israël, de la production des gisements de Leviathan et de Karish au début du printemps — en est largement responsable. Par rapport au Maroc, toutefois, la conséquence budgétaire reste marginale : après s’être engagé à respecter un mécanisme d’indexation des prix des carburants lors de ses derniers examens avec le Fonds monétaire international (FMI), Le Caire laisse la population assumer le poids de la flambée des énergies fossiles.4
Les difficultés de la Tunisie sous la contrainte énergétique sont tout aussi réelles. L’Institut national de la statistique a enregistré un déficit commercial de 4,2 milliards de dollars pour le premier semestre 2026, en hausse de plus de 25 % sur un an. Cette progression est portée par les importations de pétrole et de gaz, malgré l’accord conclu avec l’Algérie, qui prévoit une révision semestrielle des prix du gaz naturel et offre un certain répit.5 Sur le plan budgétaire, le coût des mesures prises pour protéger (partiellement) les ménages du choc d’Ormuz ne sera connu qu’au terme de l’année. Ce que l’on sait à ce stade, c’est que les subventions à l’énergie ont été inscrites dans la loi de finances sur l’hypothèse d’un baril de pétrole brut à 63 dollars en moyenne.6 En septembre, la moyenne annuelle dépassait 90 dollars et continuait de grimper. Selon les calculs de Fitch Ratings, combler cet écart augmentera de 0,8 point de PIB la facture des subventions aux carburants par rapport aux prévisions budgétaires et portera le déficit budgétaire global à 6,4 % du PIB.7 Et dans ce contexte, le rationnement de l’électricité, sous forme de coupures tournantes, devient un élément structurel de la vie sociale et économique.8
