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Note PNT · Afrique du Nord · Économie politique

La transition verte ou le retour de l’économie politique

Capacités, dépendances et souveraineté en Afrique du Nord

« La question climatique conduit ainsi, paradoxalement, au retour d’une question classique du développement : celle des capacités permettant aux sociétés de gouverner leur propre transformation. »

45 min de lecture

Nourrie des échanges du workshop PNT · Tanger · 24–25 juin 2026

« La dépendance aux énergies fossiles serait partiellement remplacée par une dépendance verte. »

En bref

Résumé

La transition énergétique ne se limite plus à une politique sectorielle visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre : elle est devenue simultanément une politique industrielle, technologique et géopolitique. Pour l’Afrique du Nord, le débat ne se limite plus à savoir si ses économies s’engageront dans la transition verte, mais de quelles manières elles y prendront part, quels bénéfices elles en tireront et quelle position elles occuperont dans les nouveaux réseaux de production. La note propose d’appeler « syndrome de la demi-transition » l’écart entre la rapidité de l’évolution des règles et la lenteur de développement des capacités nécessaires à leur application. Elle montre que la transition peut produire une « dépendance verte » lorsque les interdépendances ne s’accompagnent pas d’une augmentation proportionnelle des capacités d’action. La souveraineté réside alors dans la capacité à gouverner ces interdépendances, et la question centrale devient moins « combien la transition produit-elle ? » que « qu’est-ce que l’économie apprend à faire grâce à elle ? ».

Ouverture

Introduction

La transition énergétique est souvent présentée comme l’un des principaux horizons des politiques contemporaines de développement. Compte tenu de l’urgence climatique, les gouvernements sont encouragés à accélérer la décarbonisation de leur économie, à promouvoir les énergies renouvelables, à attirer les investissements durables et à adapter leurs systèmes productifs aux nouvelles contraintes environnementales. En Afrique du Nord, comme partout ailleurs, les stratégies nationales accordent une place grandissante au solaire, à l’éolien, à l’hydrogène vert et aux interconnexions énergétiques. Les partenaires internationaux, quant à eux, ne cessent de lancer de nouveaux programmes de financement et dispositifs pour soutenir cette transition.1

Cette lecture est cependant incomplète. La transition énergétique ne se limite plus à une politique sectorielle visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Elle est devenue simultanément une politique industrielle, technologique et géopolitique. La décarbonation soulève désormais des questions de compétitivité, de réindustrialisation, de contrôle des chaînes de valeur, d’accès aux matières premières critiques et de souveraineté technologique. Les révolutions technologiques passées n’ont jamais distribué les opportunités de croissance de manière uniforme. Elles ont également engendré de nouvelles structures hiérarchiques dans l’industrie et de nouvelles formes de dépendance. La transition verte ne fait pas exception.2

Ce changement invite à replacer la question climatique dans une perspective plus large d’économie politique. Aux États-Unis, l’Inflation Reduction Act utilise la transition énergétique comme un instrument de réindustrialisation et de sécurisation des chaînes de valeur. La Chine a construit depuis plusieurs décennies des positions dominantes dans les panneaux solaires, les batteries, les véhicules électriques et différentes technologies bas carbone. L’Union européenne cherche elle aussi à renforcer sa base industrielle à travers le Pacte vert et le Net-Zero Industry Act. Les États du Golfe utilisent leurs ressources financières pour se préparer à l’ère post-pétrolière. Dans chacun de ces cas, politique climatique et politique de puissance deviennent difficiles à dissocier.3

Pour la région du nord de l’Afrique, cette recomposition offre des perspectives prometteuses. Elle possède d’abondantes ressources solaires et éoliennes, une proximité géographique avec l’Europe, des infrastructures énergétiques existantes et, dans de nombreux pays, une expérience industrielle qui pourrait faciliter son intégration dans les nouvelles chaînes de valeur. Mais ces avantages ne garantissent pas en eux-mêmes une trajectoire de développement. Le débat ne se limite plus à savoir si les économies nord-africaines s’engageront dans la transition énergétique verte, mais plutôt de quelles manières elles y prendront part, quels bénéfices elles en tireront et quelle position elles occuperont dans les nouveaux réseaux de production en cours d’élaboration.4

Cette interrogation renvoie à un problème plus ancien. En effet, depuis plus de 30 ans, les politiques internationales de développement ont été largement structurées autour d’un paradigme des « transitions » : démocratiques, économiques, institutionnelles, numériques et écologiques. Malgré la diversité de leurs objets, ces transformations ont souvent reposé sur une même théorie implicite du changement : la modification des règles et des institutions devait progressivement créer les conditions du développement économique, politique et social.

L’expérience de plusieurs pays d’Afrique du Nord invite pourtant à reconsidérer cette hypothèse. Les institutions peuvent changer plus rapidement que les capacités économiques, administratives et sociales qui leur donnent un contenu effectif. Nous suggérons d’appeler ce phénomène le « syndrome de la demi-transition », qui décrit l’écart entre la rapidité de l’évolution des règles et la lenteur de développement des capacités nécessaires à leur application. Ce phénomène, déjà observable dans certaines transitions démocratiques et réformes économiques, risque aujourd’hui de se reproduire dans le domaine climatique.

La transition vers une économie verte offre un aperçu saisissant des limites du concept des transitions. Elle nous pousse à réintroduire au cœur du développement des questions qui ont été reléguées au second plan pendant trop longtemps : comment créer des capacités de production ? Comment organiser l’apprentissage technologique ? Comment régir les investissements ? Comment financer des transformations industrielles de long terme ? Et surtout, comment participer à une économie mondiale profondément interdépendante sans simplement substituer une dépendance technologique et financière aux anciennes dépendances énergétiques ?

Le véritable enjeu de la transition verte pourrait être moins dans le passage d’un système énergétique à un autre que dans la capacité des États à utiliser cette transformation pour reconstruire leur puissance d’action. La question climatique conduit ainsi, paradoxalement, au retour d’une question classique du développement : celle des capacités permettant aux sociétés de gouverner leur propre transformation.

I
Section I

L’âge des transitions : trente années d’une même théorie du changement

La transition énergétique est fréquemment présentée comme une rupture avec les politiques de développement des décennies écoulées. Cependant, elle s’inscrit dans une histoire intellectuelle plus profonde. En effet, depuis la fin de la Guerre froide, une grande partie des stratégies internationales de développement ont été construites autour de l’idée que les sociétés évoluent par étapes successives. « Transition démocratique », « transition vers l’économie de marché », « transition institutionnelle », puis « transition énergétique » et « transition numérique » sont des objets distincts. Tous reposent cependant souvent sur une représentation semblable du changement : transformer les institutions et les incitations pour permettre progressivement aux sociétés et aux économies de converger vers un nouvel équilibre.5

Cette idée émerge dans un contexte historique spécifique. Après la chute de l’Union soviétique, la démocratie libérale et l’économie de marché semblent être l’objectif ultime du développement politique et économique. Les débats portent moins qu’auparavant sur les stratégies d’industrialisation nationale, la transformation des structures productives ou les mécanismes de rattrapage. Ils se penchent plutôt sur les systèmes institutionnels, la gouvernance, les normes du marché et l’état de droit.6

Le déplacement est important. Les théories du développement des décennies 1950 à 1980 accordaient une place centrale aux structures productives. Hirschman se concentrait sur les effets multiplicateurs de l’investissement, tandis que Gerschenkron examinait les institutions favorisant le rattrapage industriel. Les approches structuralistes mettaient l’accent sur la diversification économique et la création de capacités de production nationale. Les banques de développement, la planification, les entreprises publiques ou les politiques industrielles constituaient alors des instruments ordinaires des stratégies de transformation économique.7

À partir des années 1990, les difficultés du développement sont de plus en plus interprétées à travers les institutions défaillantes, la mauvaise gouvernance, la corruption ou l’insuffisance des cadres réglementaires. Les politiques internationales accordent une importance croissante à la réforme administrative, à la transparence, à la société civile et à l’amélioration de l’environnement des affaires. La transformation productive tend à devenir l’aboutissement souhaité d’institutions plus efficaces, plutôt qu’un processus nécessitant des politiques et des compétences spécifiques.8

Figure 1 · Généalogie d’un retour

Soixante-huit ans de pensée du développement, en 34 références

Chaque point est une référence citée dans les notes, placée à sa date de publication ; sa taille indique le nombre de notes qui la mobilisent. Les couloirs regroupent les références par famille de pensée. Survolez ou touchez un point pour lire la référence.

Source : notes 1 à 24 de la présente note. Le classement par famille de pensée est un choix éditorial. Une référence citée dans plusieurs notes n’est comptée qu’une fois ; l’aire des points est proportionnelle au nombre de notes qui la citent. Les interventions sur le programme Economic and Climate Prosperity d’Open Society Foundations (note 14) sont rattachées au workshop de Tanger. L’échelle du temps est dilatée après 2020 pour la lisibilité.

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AnnéeRéférenceFamilleNotes

Cette évolution a incontestablement permis des avancées. Elle a remis au premier plan l’importance de la qualité des institutions, de la responsabilité publique, de l’État de droit et de la participation citoyenne dans l’étude du développement. Le défi ne consiste pas à opposer institutions et économie productive. Il tient plutôt à une théorie implicite du changement selon laquelle l’amélioration des premières devait progressivement produire la seconde.

Cette représentation était cohérente avec le contexte international des décennies qui ont suivi la guerre froide. Dans une économie mondiale caractérisée par une ouverture commerciale croissante et une relative confiance dans la stabilité des marchés internationaux, l’investissement étranger et l’intégration aux chaînes de valeur mondiales pouvaient apparaître comme les principaux vecteurs de transformation productive. Le rôle des politiques publiques consistait alors largement à créer l’environnement institutionnel permettant à ces mécanismes de fonctionner.

La multiplication des « transitions » a prolongé cette logique. Chaque nouveau défi a engendré l’élaboration de cadres règlementaires, d’indicateurs, d’objectifs et de meilleures pratiques pour guider les économies vers un nouvel équilibre. La transition écologique s’inscrit dans ce récit. Les feuilles de route climatiques privilégient naturellement les objectifs de réduction des émissions, les normes, les mécanismes de financement et les dispositifs d’incitation.9

Mais la transformation du contexte international rend désormais les limites de cette conception plus visibles. La fragmentation géopolitique, le retour des politiques industrielles, la compétition technologique et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement ont replacé au premier plan des questions qui semblaient avoir perdu de leur centralité : quelles industries un pays maîtrise-t-il ? Quelles technologies détient-il ? Comment finance-t-il les investissements à long terme ? Quelles compétences peut-il mobiliser ? Quelle est sa capacité à négocier avec les investisseurs étrangers et à orienter leurs investissements ?

La transition écologique ne résout pas le problème des institutions, elle l’élargit. Une institution efficace ne se limite plus à garantir des règles stables ou un climat propice aux marchés. Elle doit maintenant permettre l’apprentissage, coordonner les investissements, renforcer les compétences et augmenter progressivement la capacité d’une économie à gérer sa transformation. C’est précisément à cet endroit qu’apparaît le problème de la demi-transition.

La transition écologique ne résout pas le problème des institutions, elle l’élargit.
II
Section II

Le syndrome de la demi-transition : quand les normes précèdent les capacités

Le bilan des transitions des dernières décennies apparaît plus contrasté lorsque l’on distingue transformation des règles et construction des capacités. Les transitions démocratiques, les réformes économiques et les initiatives de gouvernance ont souvent donné lieu à l’émergence de nouvelles institutions. Cependant, ces transformations n’ont pas toujours entraîné simultanément le développement des capacités économiques, administratives et sociales nécessaires à leur consolidation.

L’Afrique du Nord constitue un exemple frappant. Les aspirations politiques émergentes au début de la décennie 2010 se sont heurtées à des défis économiques et sociaux beaucoup plus ardus à surmonter. Les attentes ont augmenté alors que plusieurs économies peinaient à créer suffisamment d’emplois, d’investissements et de perspectives de mobilité sociale. Les institutions politiques pouvaient être modifiées en quelques mois ; les structures productives, les administrations, les systèmes éducatifs ou les marchés du travail ne pouvaient l’être au même rythme.10

Ce décalage remet en question l’idée selon laquelle les réformes institutionnelles créent spontanément les capacités nécessaires à leur propre réussite. Une constitution ne produit pas automatiquement une administration efficace. Une libéralisation économique ne crée pas mécaniquement une industrie compétitive. De la même manière, l’adoption d’objectifs climatiques ambitieux ne fait pas apparaître instantanément les entreprises, les ingénieurs, les banques, les technologies et les administrations nécessaires pour les atteindre.

Une constitution ne produit pas automatiquement une administration efficace. Une libéralisation économique ne crée pas mécaniquement une industrie compétitive.

Le problème vient donc de la coexistence de deux temporalités. Les normes, les lois et les institutions formelles peuvent être transformées relativement rapidement. Les capacités, en revanche, sont le produit d’un processus cumulatif. Elles supposent investissement, expérimentation, apprentissage, acquisition de connaissances et constitution progressive de réseaux entre institutions. Elles prennent du temps pour se développer.

Nous proposons d’appeler « syndrome de la demi-transition » la situation où les règles du jeu changent plus rapidement que les conditions matérielles et institutionnelles qui permettent de les rendre effectives. La transition existe alors dans les normes et les objectifs, mais demeure incomplète dans les capacités qui devraient lui donner un contenu économique et social.11

Cette dissociation peut produire un effet paradoxal. Des réformes destinées à renforcer l’État peuvent parfois réduire sa capacité d’action lorsqu’elles désorganisent les formes existantes de coordination sans construire simultanément les institutions susceptibles de les remplacer. Les anciennes régulations disparaissent alors avant que les nouvelles capacités ne soient pleinement développées.

Figure 2 · Le syndrome de la demi-transition

Deux temporalités : des règles qui changent vite, des capacités qui s’accumulent lentement

« Les normes, les lois et les institutions formelles peuvent être transformées relativement rapidement. Les capacités, en revanche, sont le produit d’un processus cumulatif. » Faites varier le rythme de construction des capacités, parcourez le temps au survol, puis basculez sur le creux paradoxal.

Schéma conceptuel : les courbes sont illustratives et ne représentent pas des données mesurées. Exemple de norme citée dans le texte : le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne (CBAM, règlement UE 2023/956 du 10 mai 2023).

La transition écologique pourrait reproduire ce mécanisme à une échelle nouvelle. Les engagements en matière de climat, les règles environnementales et les restrictions commerciales émergent rapidement, tandis que les capacités industrielles, technologiques et financières pour y faire face se développent nettement plus lentement. Les pays qui ne possèdent pas déjà d’écosystèmes industriels suffisamment développés risquent ainsi d’adopter les normes de la transition sans maîtriser les technologies ou les financements permettant d’en capter les bénéfices.

Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne (CBAM) illustre cette tension. Il vise à limiter les fuites de carbone et à éviter que les produits plus carbonés ne bénéficient d’un avantage concurrentiel par rapport aux producteurs européens soumis à des contraintes climatiques plus fortes. Mais du point de vue des pays partenaires, son application pose une question de développement : les exigences réglementaires peuvent progresser plus rapidement que les investissements permettant aux industries concernées de se décarboner.12

L’enjeu ne consiste pas à opposer normes environnementales et développement. Il est de comprendre dans quelles conditions les premières peuvent contribuer au second. Une politique climatique qui entraîne des changements dans les contraintes imposées aux entreprises, sans renforcer simultanément leurs capacités d’investissement et d’innovation, peut entraîner une nouvelle asymétrie. Les économies qui ont déjà maîtrisé les technologies de la transition pourront s’adapter rapidement. En revanche, celles qui dépendent de technologies, de capitaux et de compétences importés devront supporter une part plus importante du coût d’ajustement.

Cette situation met en lumière une contradiction profonde dans la politique européenne envers son voisinage méridional. L’Union européenne vise à la fois à accélérer la décarbonation de ses partenaires, à garantir l’approvisionnement énergétique et à protéger la compétitivité de ses propres industries. Elle poursuit par ailleurs une politique climatique largement commune alors que ses politiques industrielles demeurent fortement structurées par les priorités nationales de ses États membres.13

La transition écologique oblige ainsi à déplacer le regard. Il ne s’agit plus seulement de déterminer quelles réformes mettre en œuvre, mais de développer les compétences nécessaires pour que les économies puissent s’adapter. Pour qu’une transition soit véritablement durable, elle doit entraîner des changements dans les structures productives, les compétences, les systèmes financiers et les instances administratives qui la rendent tangible.

Ce changement d’orientation est également visible au-delà des sphères gouvernementales. Le repositionnement récent d’Open Society Foundations est révélateur d’une évolution intellectuelle plus large. Une organisation historiquement associée à la société civile, aux droits et à la gouvernance démocratique accorde désormais une place plus importante à la prospérité économique, aux capacités de l’État, aux politiques industrielles et aux transformations productives. La démocratie demeure l’objectif suprême, mais les conditions matérielles de sa pérennité réapparaissent au premier plan.14

Le retour des capacités ne signifie donc pas l’abandon des institutions. Au contraire, cela soulève une question plus exigeante : quelles institutions favorisent véritablement l’accumulation de capacités au sein d’une société ?

La transition écologique rend cette question d’autant plus urgente qu’elle ne se limite pas à l’amélioration des normes environnementales. Elle entraîne également une réorganisation concomitante des technologies, des investissements et des chaînes de valeur mondiales.

III
Section III

De la transition verte à la dépendance verte : la nouvelle économie politique des chaînes de valeur

La transition écologique est devenue l’un des principaux terrains de la compétition industrielle internationale. Aux États-Unis, l’Inflation Reduction Act établit un lien explicite entre décarbonation, innovation, investissement industriel et sécurisation de la chaîne d’approvisionnement. En Chine, des investissements à long terme ont permis la création de puissants écosystèmes industriels dans diverses technologies à faible émission de carbone. L’Union européenne cherche actuellement à diminuer sa vulnérabilité et à renforcer sa base industrielle.15

La question climatique se trouve ainsi prise dans une transformation plus générale de l’économie mondiale. Les panneaux photovoltaïques, les batteries, les éoliennes, les électrolyseurs, les réseaux intelligents et les systèmes de stockage dépendent de chaînes de valeur complexes nécessitant des ressources critiques, des composants industriels, du logiciel, de l’ingénierie, des financements et de la propriété intellectuelle. Réduire la dépendance aux hydrocarbures ne signifie donc pas nécessairement réduire la dépendance économique. Les dépendances changent de nature.

Réduire la dépendance aux hydrocarbures ne signifie donc pas nécessairement réduire la dépendance économique. Les dépendances changent de nature.

En ce qui concerne l’Afrique du Nord, cette transformation s’accompagne d’un paradoxe. En effet, cette région possède des atouts majeurs pour prendre part à la transition énergétique : des ressources renouvelables abondantes, une proximité avec le marché européen, des infrastructures existantes et une expérience industrielle dans certains secteurs. Cependant, les ressources naturelles ne peuvent jamais constituer une stratégie de développement en soi. Leur effet dépend de la manière dont elles s’insèrent dans des structures productives et institutionnelles capables de transformer une rente ou un avantage comparatif en apprentissage.16

L’expérience des chaînes de valeur mondiales est instructive. Plusieurs économies nord-africaines se sont intégrées avec succès dans des secteurs tels que l’automobile, l’aéronautique ou l’électronique. Cette intégration a créé des emplois et développé les capacités de production, mais elle n’a pas toujours entraîné une maîtrise équivalente de la recherche, de la propriété intellectuelle, des technologies stratégiques, du financement ou des fonctions de direction des chaînes de valeur.

La transition verte pourrait produire une configuration semblable. L’Afrique du Nord deviendrait alors un important producteur d’électricité et d’hydrogène renouvelables, de molécules décarbonées ou encore de certains composants industriels, tout en continuant à importer une grande partie des technologies, des équipements, des logiciels et des services financiers nécessaires à leur production. En somme, la dépendance aux énergies fossiles serait partiellement remplacée par une dépendance verte.

Figure 3 · Insertion ou transformation

La courbe du sourire de la transition verte : produire l’énergie, importer le savoir ?

Dans une chaîne de valeur, la recherche, les technologies, la finance et les fonctions de direction concentrent le contrôle ; la production se situe au creux. Comparez la configuration de « dépendance verte » décrite dans le texte à une trajectoire de montée en gamme. Survolez une fonction pour lire le passage correspondant.

Hier · dépendance fossileHydrocarbures importés
Demain · dépendance verte ?Technologies, équipements, logiciels, services financiers importés

Schéma conceptuel inspiré de la « courbe du sourire » des chaînes de valeur mondiales ; positions illustratives établies à partir des sections III et IV, sans données mesurées.

Cette notion ne doit pas être considérée comme un argument contre l’ouverture économique ou l’investissement étranger. En effet, les interdépendances sont constitutives de l’économie contemporaine. La dépendance économique survient lorsqu’une économie s’engage dans les échanges sans renforcer progressivement ses capacités à influer sur les conditions de ces échanges. Elle résulte d’une asymétrie dans la faculté d’apprendre, d’innover, de financer et de gouverner les transformations productives.

Il ne s’agit pas seulement du montant des investissements attirés, mais aussi des capacités qu’ils permettent de développer. Une nouvelle usine crée-t-elle un réseau de fournisseurs nationaux ? Est-ce que les entreprises locales développent de nouvelles compétences ? Les universités s’engagent-elles dans la recherche industrielle ? Les ingénieurs peuvent-ils maîtriser puis adapter les technologies importées ? Les établissements financiers acquièrent-ils une maîtrise des dernières tendances économiques ? Les administrations apprennent-elles à négocier avec les investisseurs et à accompagner l’émergence de secteurs nouveaux ?17

Ces questions changent la manière d’évaluer une politique industrielle. Le nombre de mégawatts installés, le volume des investissements ou la valeur des exportations demeurent importants, mais ils ne suffisent plus. Il est maintenant essentiel de mesurer les acquis d’apprentissage générés par cette politique.

Cette distinction est essentielle pour comprendre la différence entre insertion dans une chaîne de valeur et transformation productive. Un investissement peut entraîner une hausse rapide des exportations sans nécessiter de profonds changements dans les capacités économiques de l’accueillant. À l’inverse, un projet de taille plus modeste peut entraîner des effets plus durables, par exemple grâce à l’apparition de fournisseurs, la formation d’ingénieurs, le développement d’activités de recherche ou l’acquisition de nouvelles compétences administratives.

Figure 4 · Outil interactif

La teneur en apprentissage d’un investissement : le test des six questions

Choisissez un profil ou composez le vôtre. Le volume d’un projet et ce qu’il fait apprendre à l’économie sont deux dimensions distinctes : le marqueur s’en écarte ou s’en rapproche à chaque réponse.

0/6

Questions reprises de la section III. Les profils A et B illustrent les deux cas décrits dans le texte ; leur position est indicative, sans données mesurées.

La littérature sur les chaînes de valeur mondiales a montré que leur intégration ne conduit pas automatiquement à une montée en gamme. Son déroulement dépend en grande partie des interactions entre entreprises, de la propagation des savoirs et de la faculté des protagonistes nationaux à maîtriser des fonctions toujours plus complexes.18

Le risque de dépendance verte réside dans le fait qu’une participation à la transition n’entraîne pas une montée en gamme correspondante. Elle peut ainsi devenir essentielle à une chaîne de valeur tout en restant tributaire des entités qui dominent les avancées technologiques, le financement, les réglementations ou l’accès aux marchés.

Cette question est d’autant plus importante que la transition énergétique renforce la place des technologies et des connaissances dans la définition de la souveraineté économique. Posséder une ressource naturelle ou une infrastructure énergétique est encore crucial, mais ce n’est plus suffisant. La recherche, l’ingénierie, les systèmes d’innovation, les compétences financières et la capacité administrative deviennent des composantes essentielles de l’autonomie stratégique.19

Dans cette perspective, la concurrence entre partenaires extérieurs ne doit pas être interprétée seulement en termes de volumes d’investissement. Les acteurs européens, chinois, américains ou du Golfe offrent des ensembles distincts de capital, de technologie, d’accès aux marchés et de relations diplomatiques. Les États nord-africains devraient moins se concentrer sur le choix d’un partenaire exclusif et davantage sur l’amélioration de leur aptitude à négocier avec plusieurs partenaires. Ils doivent transformer cette concurrence en opportunités d’apprentissage.20

La transition verte devient alors un test des capacités stratégiques de l’État. Le véritable danger ne réside pas dans l’exclusion de l’Afrique du Nord des nouvelles chaînes de valeur. Il est qu’elle y participe activement sans renforcer ses institutions pour en tirer des avantages durables à long terme.

Cette perspective réintroduit une question qui avait en partie disparu du débat sur le développement : l’État stratège. Mais celui-ci ne peut plus être conçu sur le modèle d’un État recherchant l’autosuffisance ou décidant seul de l’allocation des ressources. Dans une économie profondément interconnectée, son rôle change : organiser l’acquisition des connaissances et réguler les interdépendances.

IV
Section IV

Gouverner les interdépendances : reconstruire les capacités stratégiques

L’opposition classique entre autonomie et dépendance devient de moins en moins pertinente dans une économie mondiale où aucun pays ne peut maîtriser seul l’ensemble des technologies, des capitaux, des matières premières et des connaissances nécessaires à la transition écologique. Même les principales puissances industrielles dépendent de réseaux internationaux complexes.

L’objectif consiste donc à savoir comment réguler ces interdépendances.

Cette distinction amène à reconsidérer la notion de souveraineté économique. Elle ne peut plus être réduite à l’autosuffisance. Elle correspond plutôt à la capacité d’un État à préserver une marge de manœuvre dans un monde interdépendant : en diversifiant ses partenaires, en évaluant les investissements conformes à ses objectifs, en négociant les transferts technologiques, en renforçant ses compétences nationales et en adaptant sa stratégie en fonction des changements internationaux.

Cette conception rejoint la notion d’agency mise en avant lors des discussions du workshop de Tanger. Les États ne maîtrisent évidemment pas les transformations du système international. Ils peuvent cependant construire les capacités leur permettant d’agir sur les conditions de leur insertion dans celui-ci. L’agency ne se limite pas à une volonté politique ; elle découle plutôt d’une accumulation de capacités institutionnelles.21

Ces capacités sont distribuées entre de nombreuses organisations. Les administrations négocient et régulent. Les universités produisent et diffusent les connaissances. Les entreprises expérimentent et innovent. Les banques de développement financent les investissements de long terme. Les agences spécialisées coordonnent les politiques d’innovation. Les collectivités territoriales organisent une partie des transformations locales. Les organisations professionnelles permettent une meilleure circulation des savoirs.

L’État stratège ne se limite pas à centraliser toutes les fonctions au sein de l’administration centrale. Son rôle est plutôt de coordonner les échanges entre des institutions dont les apprentissages sont complémentaires. La réussite du système ne découle pas tant de la performance individuelle de ses composantes que de leur aptitude à apprendre et à collaborer en synergie.

Cette méthode correspond à la notion de « autonomie encastrée » proposée par Peter Evans : l’État doit posséder des capacités institutionnelles autonomes, tout en entretenant des liens étroits avec les acteurs économiques pour saisir leurs contraintes, harmoniser leurs investissements et stimuler l’apprentissage industriel.22

Figure 5 · L’État stratège

Gouverner les interdépendances : de l’administration centrale au système d’apprentissage

Quatre étapes pour suivre l’argument : des partenaires extérieurs aux offres distinctes, des capacités distribuées entre institutions, puis deux manières de les organiser. Survolez ou touchez un nœud pour lire son rôle.

Schéma conceptuel établi à partir des sections III et IV ; les rôles des institutions et les traits des partenaires sont repris du texte. Notion d’« autonomie encastrée » : Peter Evans, Embedded Autonomy (1995).

Afficher les rôles
ActeurRôle ou apport selon le texte

La politique industrielle revêt alors une signification nouvelle. Elle ne se limite plus à la protection de certains secteurs ou aux subventions accordées aux entreprises. Elle se transforme en une politique visant à renforcer les compétences : les compétences technologiques des entreprises, les capacités de recherche des universités, les ressources financières des banques, ainsi que les aptitudes à négocier et à collaborer des administrations.

Les compétences de gestion deviennent elles-mêmes un avantage stratégique. Les technologies à faible émission de carbone évoluent rapidement, les chaînes de valeur se transforment, les normes internationales changent et les alliances géopolitiques restent incertaines. Une politique industrielle ne peut donc plus être conçue comme un plan fixe appliqué pendant plusieurs décennies. Les institutions doivent être en mesure de tester, d’évaluer et d’ajuster leurs politiques, tout en identifiant et en corrigeant leurs erreurs.

L’État stratège devient ainsi, en partie, un État apprenant. La capacité d’apprentissage institutionnel constitue elle-même une ressource productive.23

La finance tient un rôle pivot dans ce processus. Les banques de développement, les fonds souverains, les agences d’investissement et les mécanismes de financement mixte ne se contentent pas d’apporter du capital. Ils sélectionnent des projets, évaluent des technologies et partagent certains risques, accumulant ainsi des informations. Ils contribuent également à orienter les trajectoires productives.24

En d’autres termes, la gestion du capital s’apparente en partie à la supervision de la révolution industrielle. Une économie qui dépend entièrement d’institutions financières étrangères pour ses investissements stratégiques se retrouve avec une marge de manœuvre limitée pour déterminer le rythme et l’orientation de sa transformation. Cela ne signifie pas qu’elle doive rejeter les capitaux internationaux, mais qu’elle doit renforcer ses propres capacités financières nationales afin de pouvoir négocier, cofinancer et sélectionner les projets en fonction d’une stratégie plus globale.

Cette logique permet de dépasser l’alternative entre ouverture et souveraineté. L’investissement étranger peut effectivement jouer un rôle clé dans la transition énergétique de l’Afrique du Nord. Cependant, sa contribution au développement dépendra de sa capacité à produire des effets allant au-delà du projet financé : fournisseurs locaux, ingénieurs, technologies maîtrisées, compétences financières, connaissances administratives et infrastructures de recherche.

Il ne s’agit pas de maximiser les investissements de manière générale, mais plutôt d’augmenter leur teneur en apprentissage.

Cette perspective amène également à repenser la façon de mesurer le succès de la transition. Les indicateurs environnementaux resteront naturellement essentiels : émissions évitées, capacités renouvelables installées, efficacité énergétique ou réduction de l’intensité carbone. Mais ils devraient prendre en compte d’autres indicateurs, tels que la part de la valeur ajoutée locale, la densité des réseaux de fournisseurs, les investissements en recherche et développement, le nombre d’ingénieurs formés ou la capacité des institutions financières nationales à financer les nouvelles filières, ou encore la progression des entreprises nationales dans les segments technologiques plus complexes.

La question centrale devient alors moins : combien la transition produit-elle ? que : qu’est-ce que l’économie apprend à faire grâce à elle ?

Cette distinction est déterminante pour l’Afrique du Nord. La région pourrait devenir un fournisseur majeur d’énergies renouvelables pour l’Europe sans que cela transforme profondément ses structures productives. De plus, elle peut tirer parti de la demande européenne, des investissements chinois, des capitaux du Golfe et de ses propres ressources pour développer graduellement de nouvelles capacités industrielles.

Figure 6 · Mesurer autrement

Mêmes mégawatts, trajectoires opposées : ce que révèlent les indicateurs d’apprentissage

Les deux trajectoires décrites dans le texte, lues à travers les deux familles d’indicateurs qu’il propose. N’affichez que les indicateurs environnementaux : les deux trajectoires deviennent indiscernables.

Profils illustratifs construits à partir des deux trajectoires décrites dans la section IV ; positions qualitatives (faible ↔ élevé), sans données mesurées. Indicateurs repris du texte.

Les deux trajectoires dépendent de la capacité politique et institutionnelle à orienter les investissements vers un processus cumulatif d’apprentissage. Elles ne sont pas déterminées par la technologie elle-même.

La transition verte peut ainsi être interprétée moins comme un secteur supplémentaire que comme une occasion de reconstruire les capacités du développement. Elle fournit des investissements, crée de nouveaux marchés, bouleverse les avantages comparatifs et oblige les gouvernements à repenser leurs infrastructures. Elle peut donc devenir un instrument de transformation productive à condition que les politiques publiques ne se limitent pas à l’installation de capacités énergétiques.

Conclusion

Après les transitions : le développement comme projet politique

La transition verte est généralement présentée comme un nouveau chapitre des politiques internationales de développement. Elle pourrait en réalité marquer la fin d’un cycle intellectuel plus ancien.

Pendant plusieurs décennies, une grande partie des politiques de développement a été organisée autour d’une succession de transitions : démocratique, économique, institutionnelle, numérique puis écologique. Bien que ces transitions soient variées, elles partagent souvent une théorie commune du changement : modifier les règles et les institutions devrait graduellement établir les fondations d’un nouvel équilibre économique et social.

L’expérience nord-africaine suggère que les normes peuvent évoluer plus rapidement que les capacités nécessaires pour les mettre en pratique. Nous l’avons nommé le syndrome de la demi-transition : le problème n’est pas la réforme en tant que telle, mais le décalage entre la vitesse de transformation des règles et celle de la construction des capacités.

La transition écologique rend cette contradiction particulièrement visible aujourd’hui. Elle impose de nouvelles normes, mais elle ouvre en même temps une compétition pour les technologies, les investissements, les matières premières et les chaînes de valeur. Elle ne peut donc être pensée uniquement comme un processus de mise en conformité environnementale.

Les économies nord-africaines ne risquent probablement pas de rater cette transition. Les ressources disponibles, la proximité de l’Europe et l’ampleur des investissements à venir rendent leur participation très probable. Le risque est plutôt qu’elles y participent sans transformer suffisamment les fondements de leur développement.

Une économie peut produire davantage d’électricité renouvelable et demeurer technologiquement dépendante. Elle peut exporter de l’hydrogène vert sans maîtriser les électrolyseurs qui permettent de le produire. Elle peut attirer des milliards d’investissements sans posséder les structures financières nécessaires pour sélectionner et financer ses propres projets. De plus, elle peut s’intégrer davantage aux chaînes de valeur mondiales sans améliorer ses capacités en matière de connaissances, de technologie et de prise de décision.

Quatre configurations

Participer à la transition sans se transformer

produire davantage d’électricité renouvelableet demeurer technologiquement dépendante
exporter de l’hydrogène vertsans maîtriser les électrolyseurs qui permettent de le produire
attirer des milliards d’investissementssans posséder les structures financières nécessaires pour sélectionner et financer ses propres projets
s’intégrer davantage aux chaînes de valeur mondialessans améliorer ses capacités en matière de connaissances, de technologie et de prise de décision

En d’autres termes, la transition énergétique verte peut entraîner une dépendance verte. Cependant, cette dépendance n’est pas inéluctable ni synonyme d’ouverture internationale. Elle survient lorsque les interdépendances ne s’accompagnent pas d’une augmentation proportionnelle des capacités d’action.

La souveraineté doit donc être pensée différemment. Elle ne se limite pas à l’autosuffisance ou à l’isolement. Elle réside dans la capacité à gérer les interdépendances : en diversifiant les partenariats, en négociant les investissements, en renforçant les compétences nationales, en orientant les financements et en conservant des marges de manœuvre suffisantes pour adapter une stratégie de développement aux évolutions du système international.

Souveraineté

Gérer les interdépendances : cinq leviers

IDiversifierles partenariats
IINégocierles investissements
IIIRenforcerles compétences nationales
IVOrienterles financements
VConserverdes marges de manœuvre suffisantes pour adapter une stratégie de développement aux évolutions du système international

Cette perspective renforce le rôle de l’État, mais dans une version modifiée de ce qu’il était lors des stratégies d’industrialisation du XXe siècle. L’État stratège contemporain ne contrôle pas nécessairement l’ensemble du système productif. Il érige plutôt les cadres institutionnels qui permettent aux entreprises, aux universités, aux banques, aux administrations et aux centres de recherche d’apprendre et de collaborer mutuellement.

La transition écologique peut dès lors devenir davantage qu’une politique climatique. Elle peut fournir l’occasion de reconstruire des capacités productives, technologiques, financières et administratives qui dépassent largement le secteur de l’énergie.

La question essentielle pour l’Afrique du Nord n’est donc plus seulement de savoir comment réussir la transition verte. Elle consiste à comprendre les capacités que cette transition permettra aux sociétés d’acquérir et qu’elles ne connaissaient pas auparavant.

Peut-être assistons-nous au véritable retour de l’économie politique. Après plusieurs décennies dominées par la question des réformes à mettre en œuvre, le développement revient à une interrogation plus fondamentale : comment une société acquiert-elle les capacités lui permettant de conduire sa propre transformation ?

La transition verte ne constitue alors ni une transition supplémentaire ni un simple changement technologique. Elle symbolise le renouveau du développement en tant que démarche politique.

Policy Network for Transitions

Notes

  1. 1Agence internationale de l’énergie (AIE), World Energy Outlook 2024 (Paris : AIE, 2024) ; Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), World Energy Transitions Outlook 2024 (Abou Dhabi : IRENA, 2024) ; Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), Climate Change 2023: Synthesis Report (Genève : IPCC, 2023). ↩
  2. 2Dani Rodrik, « Green Industrial Policy », Oxford Review of Economic Policy, vol. 30, n° 3 (2014), p. 469-491 ; Mariana Mazzucato, Mission Economy: A Moonshot Guide to Changing Capitalism (Londres : Allen Lane, 2021). ↩
  3. 3The White House, Inflation Reduction Act Guidebook (Washington, DC, 2023) ; Commission européenne, A Green Deal Industrial Plan for the Net-Zero Age (Bruxelles, 2023) ; Barry Naughton, The Rise of China’s Industrial Policy, 1978–2020 (2021) ; International Energy Agency, Energy Technology Perspectives 2024 (Paris, 2024). ↩
  4. 4Banque africaine de développement, African Economic Outlook 2024 ; IRENA, World Energy Transitions Outlook 2024 ; « Green Industrial Policy and the Political Economy of Energy Transition in North Africa », Workshop, Policy Network for Transitions, Tanger, 24-25 juin 2026, sessions 1 et 2. ↩
  5. 5Thomas Carothers, « The End of the Transition Paradigm », Journal of Democracy, vol. 13, n° 1 (2002), p. 5-21 ; Francis Fukuyama, La Fin de l’histoire et le dernier homme (Paris : Flammarion, 1992). ↩
  6. 6Douglass C. North, Institutions, Institutional Change and Economic Performance (Cambridge : Cambridge University Press, 1990) ; Banque mondiale, World Development Report 1997: The State in a Changing World (Washington, DC : World Bank, 1997). ↩
  7. 7Albert O. Hirschman, The Strategy of Economic Development (New Haven : Yale University Press, 1958) ; Alexander Gerschenkron, Economic Backwardness in Historical Perspective (Cambridge, MA : Harvard University Press, 1962) ; Alice H. Amsden, Asia’s Next Giant (Oxford : Oxford University Press, 1989). ↩
  8. 8Merilee S. Grindle, « Good Enough Governance Revisited », Development Policy Review, vol. 25, n° 5 (2007) ; Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Human Development Report 2002. ↩
  9. 9IPCC, Climate Change 2023: Synthesis Report ; IRENA, World Energy Transitions Outlook 2024. ↩
  10. 10Francis Fukuyama, Political Order and Political Decay (New York : Farrar, Straus and Giroux, 2014) ; Douglass C. North, Institutions, Institutional Change and Economic Performance. ↩
  11. 11« Green Industrial Policy and the Political Economy of Energy Transition in North Africa », Workshop, Policy Network for Transitions, Tanger, 24-25 juin 2026. Les discussions ont notamment souligné le risque de « demi-réforme », c’est-à-dire de réformes insuffisamment appropriées ou accompagnées par la construction des capacités économiques et sociales nécessaires à leur consolidation. ↩
  12. 12Règlement (UE) 2023/956 du Parlement européen et du Conseil du 10 mai 2023 établissant un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières ; Dani Rodrik, « Green Industrial Policy » ; Banque africaine de développement, African Economic Outlook 2024. ↩
  13. 13Commission européenne, A Green Deal Industrial Plan for the Net-Zero Age (2023) ; Commission européenne, Net-Zero Industry Act (2024) ; Luc Soete, « The New European Industrial Policy », Intereconomics, vol. 58, n° 2 (2023). ↩
  14. 14« Green Industrial Policy and the Political Economy of Energy Transition in North Africa », Workshop, Policy Network for Transitions, Tanger, 24-25 juin 2026 ; interventions de Binaifer Nowrojee et Francesca sur le programme Economic and Climate Prosperity d’Open Society Foundations. ↩
  15. 15The White House, Inflation Reduction Act Guidebook ; Barry Naughton, The Rise of China’s Industrial Policy, 1978–2020 ; Commission européenne, A Green Deal Industrial Plan for the Net-Zero Age ; International Energy Agency, Energy Technology Perspectives 2024. ↩
  16. 16Ricardo Hausmann et César Hidalgo, The Atlas of Economic Complexity (Cambridge, MA : MIT Press, 2014) ; ONUDI, Industrial Development Report 2024 (Vienne : ONUDI, 2024) ; Thea Riofrancos, Resource Radicals (Durham : Duke University Press, 2020). ↩
  17. 17« Green Industrial Policy and the Political Economy of Energy Transition in North Africa », Workshop, Policy Network for Transitions, Tanger, 24-25 juin 2026, sessions 1 et 2. Les discussions ont souligné que les politiques industrielles devaient être évaluées non seulement en fonction des investissements attirés, mais aussi des capacités qu’elles permettent de construire. ↩
  18. 18Gary Gereffi, John Humphrey et Timothy Sturgeon, « The Governance of Global Value Chains », Review of International Political Economy, vol. 12, n° 1 (2005) ; Ricardo Hausmann et César Hidalgo, The Atlas of Economic Complexity. ↩
  19. 19Dani Rodrik, « Green Industrial Policy » ; Peter Evans, Embedded Autonomy: States and Industrial Transformation (Princeton : Princeton University Press, 1995) ; Sanjaya Lall, Competitiveness, Technology and Skills (Cheltenham : Edward Elgar, 2001). ↩
  20. 20Dani Rodrik, The New Global Economy and Developing Countries (Washington, DC : Overseas Development Council, 1999) ; Henry Farrell et Abraham L. Newman, Underground Empire (New York : Henry Holt, 2023). ↩
  21. 21« Green Industrial Policy and the Political Economy of Energy Transition in North Africa », Workshop, Policy Network for Transitions, Tanger, 24-25 juin 2026, discussion finale. Les échanges ont insisté sur l’idée que l’agency des États dépend de leur capacité à gouverner les interdépendances plutôt qu’à rechercher l’autosuffisance. ↩
  22. 22Peter Evans, Embedded Autonomy: States and Industrial Transformation (Princeton : Princeton University Press, 1995). ↩
  23. 23Charles F. Sabel et Jonathan Zeitlin (dir.), Experimentalist Governance in the European Union (Oxford : Oxford University Press, 2010) ; Peter Evans, Embedded Autonomy ; « Green Industrial Policy and the Political Economy of Energy Transition in North Africa », Workshop, Policy Network for Transitions, Tanger, 24-25 juin 2026, session 5. ↩
  24. 24Daniela Gabor, « The Wall Street Consensus », Development and Change, vol. 52, n° 3 (2021) ; « Green Industrial Policy and the Political Economy of Energy Transition in North Africa », Workshop, Policy Network for Transitions, Tanger, 24-25 juin 2026, session 4. ↩