Tunisie : sortir du piège de la transition permanente

Études · Tunisie · 2026

Tunisie : Sortir du piège de la transition permanente

Derrière la grille de lecture « démocratie contre dictature », la crise tunisienne est avant tout une crise stratégique de l'État : un vide stratégique qui agit principalement dans l'urgence, sans doctrine de long terme.

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Introduction : la Tunisie face à son moment de vérité

Depuis plus d'une décennie, la Tunisie est analysée à travers un prisme devenu réducteur : démocratie contre dictature, autoritarisme contre transition démocratique, libertés contre répression. Cette grille de lecture, dominante dans les médias internationaux comme dans une partie des débats tunisiens, masque pourtant l'essentiel : la crise tunisienne est avant tout une crise stratégique de l'État.

Le problème tunisien ne réside pas uniquement dans la concentration du pouvoir autour de Kaïs Saïed ni dans l'échec des élites issues de la transition de 2011. Le problème est plus profond. Il concerne l'incapacité historique de l'État tunisien à produire un modèle de développement équilibré, à intégrer ses périphéries, à moderniser son économie, à réformer son administration et à définir sa place dans les recompositions géopolitiques régionales.

La Tunisie traverse aujourd'hui une succession de crises qui paraissent, à première vue, distinctes les unes des autres. La crise migratoire, les tensions sociales, la fragilité bancaire, les dysfonctionnements judiciaires, la fracture territoriale, la crise environnementale ou encore l'isolement diplomatique semblent relever de problématiques séparées. Pourtant, ces phénomènes procèdent tous d'un même vide stratégique : un État qui agit principalement dans l'urgence, sans doctrine de long terme, incapable de définir une vision nationale cohérente en mesure d'articuler développement économique, cohésion sociale et autonomie stratégique entendue comme capacité de décision et d'action.

Le pouvoir actuel affirme vouloir restaurer la souveraineté nationale. Toutefois, la souveraineté ne peut être réduite à un slogan politique ou à une posture de confrontation avec les partenaires extérieurs. Cette tension entre discours souverainiste et dépendance réelle, déjà documentée à propos d'autres secteurs stratégiques tunisiens comme les concessions solaires et le déficit stratégique en Tunisie, structure l'ensemble de la crise. Elle repose avant tout sur des capacités concrètes : la capacité administrative à mettre en œuvre des politiques publiques, la capacité financière à soutenir l'investissement, la capacité industrielle à produire de la valeur, la capacité diplomatique à défendre des intérêts nationaux cohérents et la capacité sociale à maintenir l'intégration du corps national.

Or la Tunisie contemporaine souffre précisément d'une érosion progressive de ces capacités. La question centrale n'est donc plus : « la Tunisie est-elle encore démocratique ? ». La véritable question est désormais : comment reconstruire un État capable d'assurer simultanément la stabilité, la justice sociale, la cohésion territoriale et l'autonomie stratégique ?

Cette interrogation impose de dépasser les oppositions simplistes entre révolutionnaires et contre-révolutionnaires, entre souverainistes et démocrates, entre islamistes et modernistes. La Tunisie a besoin d'un projet national. Un projet fondé non sur la nostalgie, la peur ou l'improvisation, mais sur une lecture lucide des vulnérabilités du pays et des transformations du monde.

0Une transition qui n'a jamais produit de vision
0ans après la révolution, les régions vivent comme en 2010
0lycéens morts à Mezzouna, le 14 avril 2025
0la centralisation du pouvoir autour de la présidence
I

Le vrai problème tunisien : un État sans stratégie

Une transition qui n'a jamais produit de vision économique

La crise tunisienne ne peut être comprise uniquement à travers les catégories politiques classiques de la démocratisation ou de la restauration autoritaire.

Plusieurs travaux académiques consacrés aux trajectoires postrévolutionnaires ont montré que les transitions politiques échouent fréquemment lorsqu'elles ne s'accompagnent pas d'une transformation des structures économiques et administratives de l'État.[1] La décennie ouverte en 2011 a certes profondément transformé les mécanismes de représentation politique, les équilibres institutionnels et les formes d'expression publique, mais elle n'a jamais débouché sur une doctrine économique et encore moins stratégique cohérente capable de redéfinir les fondements matériels de l'État tunisien.

Les gouvernements successifs issus de la transition ont consacré l'essentiel de leur énergie à la gestion des équilibres parlementaires, aux négociations partisanes et à la préservation de compromis institutionnels fragiles. Pendant ce temps, les déséquilibres structurels du pays ont continué à se creuser. Le modèle de développement hérité des décennies précédentes est resté pratiquement intact : concentration des richesses sur le littoral, dépendance aux importations, faiblesse de la valeur ajoutée industrielle, marginalisation des régions intérieures et hypertrophie d'une administration incapable de se réformer.

« La démocratie tunisienne n'a donc pas échoué parce qu'elle était démocratique. »

Plusieurs observateurs ont d'ailleurs insisté sur le fait que l'échec tunisien relevait moins d'un excès de pluralisme politique que d'une incapacité persistante à répondre aux attentes économiques et sociales des populations marginalisées. Elle a échoué parce qu'elle n'a pas réussi à transformer les structures économiques et sociales qui avaient produit l'explosion révolutionnaire de 2010-2011. La transition a offert des libertés publiques mais elle n'a pas offert de perspectives économiques crédibles à une jeunesse frappée par le chômage, la précarité et le sentiment d'abandon.

Le succès politique de Kaïs Saïed doit être lu dans cette perspective. Son ascension ne traduit pas seulement une demande d'autorité ; elle traduit surtout l'épuisement d'un cycle politique incapable de produire une vision nationale. Le président tunisien a su capter une aspiration diffuse à la restauration de l'État, à la verticalité de la décision et à la réaffirmation de la souveraineté. Toutefois, son propre projet se heurte désormais au même obstacle fondamental : l'absence d'une stratégie économique et administrative de long terme.

Visualisation 01 · Le présidentialisme comme substitut à la stratégie
La rotation rapide des Premiers ministres
« Les remaniements incessants des gouvernements, la rotation rapide des Premiers ministres et la multiplication des annonces présidentielles sans véritables mécanismes d'exécution » : la personnalisation du pouvoir tend progressivement à remplacer la construction de politiques publiques structurées.
Reconstitution stylisée de la durée comparée des mandats à la tête du gouvernement avant et après la concentration du pouvoir autour de la présidence. À but illustratif.

Le présidentialisme comme substitut à la stratégie

Depuis 2021, la centralisation du pouvoir autour de la présidence de la République s'est accompagnée d'une personnalisation croissante de la décision politique. Cette évolution a parfois donné l'impression d'un retour de l'État. En réalité, elle révèle souvent la faiblesse des mécanismes institutionnels ordinaires.

Le système actuel repose largement sur l'intervention directe du président dans les affaires gouvernementales, les remaniements successifs, les arbitrages ponctuels et les campagnes politiques ciblées contre la corruption ou les réseaux d'influence. Cette méthode produit une forte intensité politique mais elle ne suffit pas à construire une capacité d'action publique durable. La multiplication des changements de chefs de gouvernement illustre cette difficulté. Les Premiers ministres apparaissent moins comme des responsables politiques autonomes que comme des exécutants administratifs chargés de mettre en œuvre des orientations définies au sommet de l'État.

« Un État moderne ne peut fonctionner durablement sur le mode de la mobilisation permanente. »

La centralisation excessive peut produire des décisions rapides mais elle tend également à désorganiser les mécanismes de coordination administrative, à ralentir les procédures et à accroître la peur de la responsabilité au sein de la haute fonction publique. Le véritable défi tunisien réside donc moins dans le choix entre parlementarisme et présidentialisme que dans la reconstruction d'un appareil d'État capable de définir des priorités, de planifier des investissements, d'évaluer les politiques publiques et de produire une continuité stratégique indépendante des cycles politiques.

L'État tunisien agit alors principalement dans l'urgence, à travers des décrets, des campagnes sécuritaires, des arbitrages ponctuels ou des réformes improvisées. Cette logique produit une forte intensité politique mais elle fragilise la capacité de planification stratégique. La Tunisie souffre aujourd'hui moins d'un manque de décisions que d'un déficit de continuité stratégique.

II

La fracture territoriale : la véritable bombe politique tunisienne

Mezzouna : le miroir du pays réel

Le 14 avril 2025, l'effondrement du mur du lycée de Mezzouna, qui a provoqué la mort de trois lycéens, constitue bien plus qu'un accident. Il représente une radiographie brutale de l'échec de l'État tunisien dans ses régions intérieures.

Cette tragédie — survenue dans le gouvernorat de Sidi Bouzid, là même où s'était déclenchée la révolution de 2010-2011 — a provoqué une vive émotion dans tout le pays et concentre à elle seule plusieurs dimensions de la crise tunisienne contemporaine : la dégradation des infrastructures publiques, l'absence de maintenance, la paralysie bureaucratique, la faiblesse des services de secours, la pauvreté structurelle et surtout la rupture progressive de confiance entre les citoyens et les institutions de l'État.

Carte interactive · Gouvernorat de Sidi Bouzid

Mezzouna, au cœur de la Tunisie intérieure

Carte interactive (OpenStreetMap). Mezzouna est située dans le gouvernorat de Sidi Bouzid (centre-ouest de la Tunisie), région d'origine du soulèvement de 2010-2011. Coordonnées approximatives : 34,73° N, 9,87° E. Glissez, zoomez ou utilisez les boutons pour explorer la carte.

Quatorze ans après la révolution, les régions qui avaient porté le soulèvement continuent de vivre dans des conditions proches de celles de 2010. La question territoriale reste probablement le principal facteur de fragilité politique tunisienne. De nombreux travaux consacrés à la Tunisie contemporaine montrent que les régions intérieures demeurent l'épicentre des frustrations sociales et des risques de déstabilisation politique. Les disparités régionales observées depuis les années 1970 se sont progressivement transformées en fractures structurelles menaçant directement la cohésion nationale.[2]

« Le pays continue de fonctionner selon une logique de double Tunisie. »
Visualisation 02 · La double Tunisie
Deux réalités presque irréconciliables
« D'un côté, un littoral relativement intégré à l'économie mondiale ; de l'autre, un ensemble de régions intérieures marquées par le chômage structurel, le sous-investissement chronique et l'effondrement progressif des services publics. » Indicateurs établis par la Banque mondiale et l'INS.
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La fracture territoriale

La fracture territoriale oppose deux réalités économiques, sociales et administratives presque irréconciliables. Toutes les valeurs ci-contre sont issues de sources officielles.

Sources des indicateurs : Banque mondiale, La révolution inachevée (chap. 10, « S'attaquer aux disparités régionales ») et Tunisia Urbanization Review ; Institut national de la statistique (INS, Carte de la pauvreté). Part du PIB sur le littoral (Grand Tunis, Sfax, Sousse) : ≈ 85 % ; entreprises industrielles : ≈ 92 %. Taux de chômage : 7-11 % sur le littoral contre 20-23 % dans les gouvernorats de l'intérieur (Kef, Jendouba, Kasserine, Gafsa). Rapport Banque mondiale.

La fracture territoriale tunisienne oppose désormais deux réalités économiques, sociales et administratives presque irréconciliables. D'un côté, un littoral relativement intégré à l'économie mondiale, concentrant les infrastructures, les investissements, les universités, les services spécialisés et les activités productives les plus rentables. De l'autre, un ensemble de régions intérieures marquées par le chômage structurel, le sous-investissement chronique et l'effondrement progressif des services publics.

Cette dualité produit des conséquences profondes sur la stabilité nationale. L'exode interne vide progressivement certaines régions de leurs compétences et de leur jeunesse active. Les économies locales se replient sur l'informel ou sur des activités de survie. Le sentiment d'abandon nourrit la défiance envers les institutions centrales et alimente la perception d'une citoyenneté à plusieurs vitesses.

Dans de nombreuses zones de l'intérieur du pays, l'État n'apparaît plus comme un moteur de développement mais comme une structure lointaine, essentiellement présente à travers les dispositifs sécuritaires ou administratifs. Cette perception fragilise le lien national et réduit progressivement la capacité de l'État à produire de l'adhésion collective. Le danger majeur réside dans le caractère cumulatif de cette marginalisation. Chaque retard en matière d'infrastructures produit de nouveaux écarts éducatifs, économiques et sociaux. Chaque défaillance des services publics accélère les dynamiques migratoires internes et renforce la concentration des ressources sur le littoral. À long terme, cette dynamique menace l'équilibre même du territoire tunisien.

Une crise existentielle pour l'État tunisien

L'État tunisien ne peut durablement prétendre incarner l'unité nationale tout en laissant une partie du territoire dans des conditions de quasi-abandon. La centralisation excessive autour de Tunis a atteint ses limites historiques. Les nouvelles architectures institutionnelles proposées ces dernières années ne suffiront pas à corriger des déséquilibres qui sont avant tout budgétaires, administratifs et productifs. La fracture territoriale tunisienne ne relève donc pas uniquement d'un problème de gouvernance locale. Elle révèle l'épuisement d'un modèle de développement incapable de répartir équitablement les ressources, les investissements et les opportunités économiques.

III

L'économie tunisienne : un modèle à bout de souffle

Le système des chèques comme révélateur des déséquilibres structurels

En février 2025, la crise provoquée par la réforme du système des chèques a constitué un révélateur brutal des fragilités profondes de l'économie tunisienne.

Derrière une réforme présentée comme technique se cachait en réalité un mécanisme informel devenu essentiel au fonctionnement de l'économie nationale. Pendant des années, les chèques postdatés ont servi de substitut au crédit bancaire ; comme l'a documenté Le Monde, les ménages y avaient recours pour maintenir leur niveau de consommation malgré l'érosion du pouvoir d'achat. Les petites entreprises les utilisaient pour financer leur trésorerie et maintenir leurs activités dans un environnement marqué par la rareté du financement. Cette pratique s'était progressivement imposée parce que le système bancaire tunisien ne remplissait plus pleinement sa fonction économique.

Les banques préfèrent financer la dette publique plutôt que le secteur productif, considéré comme trop risqué. Les petites et moyennes entreprises, qui constituent pourtant l'essentiel du tissu économique tunisien, restent largement exclues du crédit classique. Dans ces conditions, une économie parallèle du financement s'est développée à travers les facilités de paiement, les arrangements informels et les chaînes de confiance construites autour des chèques.

La réforme engagée en 2025 a voulu rétablir la vocation initiale du chèque comme simple moyen de paiement immédiat. Mais en supprimant brutalement un mécanisme central sans mettre en place d'alternative crédible, elle a provoqué un choc économique et psychologique considérable. Les inquiétudes exprimées par les commerçants, les artisans et les salariés traduisent moins une résistance culturelle au changement qu'une angoisse face à l'absence de solutions de financement adaptées. Cette séquence illustre un problème plus large : la Tunisie continue à gérer ses déséquilibres structurels par des ajustements juridiques ou administratifs alors qu'ils nécessitent des transformations institutionnelles profondes.

Une économie dépendante et faiblement productive

Le modèle économique tunisien atteint aujourd'hui ses limites historiques. Les analyses de la Banque mondiale, du FMI mais aussi de plusieurs économistes tunisiens convergent sur le diagnostic d'un modèle de croissance incapable de produire suffisamment de valeur ajoutée et d'emplois qualifiés.[3] Depuis plusieurs décennies, la croissance repose principalement sur trois piliers : le tourisme, la sous-traitance industrielle destinée au marché européen et les transferts des Tunisiens vivant à l'étranger.

Visualisation 03 · Une insertion périphérique dans la mondialisation
Les trois piliers d'une croissance à bout de souffle
« La croissance repose principalement sur trois piliers : le tourisme, la sous-traitance industrielle destinée au marché européen et les transferts des Tunisiens vivant à l'étranger. » Un socle qui n'a jamais produit de transformation productive suffisante.
Schéma analytique des trois piliers décrits dans l'article. Proportions indicatives, à but illustratif. Sur le poids des transferts de la diaspora (≈ 6,5 % du PIB en 2024) et du tourisme, voir les données relayées par l'Agence Ecofin.

Ce modèle a permis une certaine stabilité macroéconomique mais il n'a jamais produit une transformation productive suffisante. La Tunisie demeure enfermée dans une insertion périphérique dans la mondialisation. Sa compétitivité repose largement sur le faible coût du travail plutôt que sur l'innovation, la technologie ou la montée en gamme industrielle. Les secteurs à forte valeur ajoutée restent insuffisamment développés et les investissements productifs stagnent.

Cette situation produit un paradoxe central : le pays dispose d'une population relativement éduquée mais il ne crée pas suffisamment d'emplois qualifiés capables d'absorber ses diplômés. L'émigration devient alors non seulement une aspiration sociale mais aussi une soupape économique. Parallèlement, la dépendance aux importations énergétiques et alimentaires accroît la vulnérabilité du pays face aux crises internationales — une dépendance que documente l'analyse du prix de la dépendance énergétique tunisienne.

« La Tunisie ne souffre donc pas uniquement d'un manque de croissance. Elle souffre surtout d'une incapacité structurelle à créer des emplois. »

Chaque choc extérieur — pandémie, guerre en Ukraine, hausse des prix mondiaux — fragilise davantage une économie déjà sous tension. Tant que cette question ne sera pas traitée, les réformes ponctuelles resteront insuffisantes.

IV

La question migratoire : une crise géopolitique majeure

Une Tunisie transformée en zone tampon

La question migratoire est progressivement devenue l'un des principaux points de tension stratégique pour la Tunisie.

Plusieurs analyses consacrées aux politiques migratoires euro-méditerranéennes mettent en évidence le risque de voir la Tunisie transformée en espace de sous-traitance sécuritaire au service des priorités européennes.[4] Cette évolution doit être replacée dans le cadre plus large des politiques européennes d'externalisation des frontières méditerranéennes. L'accord conclu avec l'Union européenne en 2023 a accéléré une transformation silencieuse du rôle géopolitique du pays. La Tunisie tend désormais à être considérée comme un espace de rétention destiné à limiter les départs vers l'Europe plutôt que comme un partenaire de développement.

Cette évolution modifie profondément les équilibres internes. Les migrants subsahariens se retrouvent souvent bloqués dans des zones précaires, sans véritable statut juridique stable ni perspectives économiques claires. Plusieurs organisations, dont Amnesty International, ont alerté sur les violations de droits qui en découlent. Les autorités tunisiennes, de leur côté, oscillent entre logiques sécuritaires, impératifs diplomatiques et gestion improvisée des crises. Cette situation produit des effets particulièrement dangereux dans un contexte déjà marqué par la stagnation économique et la fragilisation sociale. Les tensions autour des migrants deviennent rapidement des catalyseurs de frustrations plus larges liées au chômage, à l'inflation et à l'affaiblissement des services publics. Les discours identitaires et les théories complotistes trouvent alors un terrain favorable.

Le risque est double. D'une part, la Tunisie pourrait voir se banaliser des formes de violence raciale et de polarisation identitaire inédites dans son histoire contemporaine. D'autre part, le pays pourrait progressivement perdre le contrôle politique de sa propre politique migratoire sous l'effet des pressions européennes et des contraintes financières.

L'absence totale de doctrine migratoire

Le slogan officiel selon lequel la Tunisie ne serait « ni un pays de transit ni un pays d'installation » ne constitue pas une stratégie. Il s'agit davantage d'une formule défensive destinée à éviter une confrontation politique avec une réalité devenue pourtant incontournable. La Tunisie fait déjà partie des principales routes migratoires reliant l'Afrique subsaharienne à l'Europe méditerranéenne.

« Refuser cette réalité ne la fera pas disparaître. »

Au contraire, l'absence de doctrine migratoire cohérente favorise l'improvisation sécuritaire, l'instrumentalisation politique de la question migratoire, les campagnes racistes et une dépendance croissante à l'égard des priorités européennes. Le problème dépasse largement les capacités tunisiennes. Les conflits régionaux, les crises économiques africaines, les effets du changement climatique et l'effondrement de certaines économies sahéliennes continueront d'alimenter les flux migratoires dans les années à venir. Dans ce contexte, une approche purement sécuritaire ne peut produire qu'une accumulation de tensions humanitaires et sociales.

Le risque d'explosion sociale

Les tensions liées à la présence des migrants subsahariens révèlent moins une question identitaire qu'une crise plus profonde du contrat social tunisien. Dans un contexte marqué par la montée de la précarité et l'effritement des protections économiques, les migrants deviennent des figures commodes de déplacement des angoisses collectives. La diffusion croissante des discours sur le « grand remplacement » constitue à cet égard un tournant préoccupant. Ces narratifs, largement importés de contextes étrangers, réorganisent le débat public autour de logiques ethniques et sécuritaires qui détournent l'attention des véritables causes de la crise tunisienne.

Or les difficultés structurelles du pays ne proviennent pas de la migration africaine. Elles découlent d'une croissance insuffisante, d'un sous-investissement chronique, d'une incapacité à moderniser l'économie et d'une crise durable de l'action publique. En transformant la question migratoire en conflit identitaire, le pouvoir politique prend le risque d'alimenter des dynamiques sociales difficilement contrôlables. Une société fragilisée économiquement devient particulièrement vulnérable aux phénomènes de polarisation. À long terme, cette évolution pourrait affaiblir encore davantage la cohésion nationale et isoler diplomatiquement la Tunisie.

V

La crise institutionnelle : un État qui perd sa crédibilité

La justice sous pression

Les évolutions institutionnelles observées depuis plusieurs années traduisent une concentration croissante du pouvoir exécutif et une réduction progressive des espaces de contre-pouvoir.

Plusieurs organisations internationales ainsi que de nombreux juristes tunisiens ont alerté sur les risques que cette évolution fait peser sur la crédibilité des institutions et sur la confiance publique.[5] Les poursuites visant des opposants politiques, des journalistes ou des magistrats contribuent à installer un climat de méfiance généralisée à l'égard des institutions. À court terme, cette stratégie peut renforcer le contrôle politique du pouvoir central. Mais elle produit également des effets plus profonds sur le fonctionnement de l'État. Lorsqu'une partie significative de la société perçoit la justice comme dépendante du pouvoir politique, la crédibilité institutionnelle se dégrade progressivement.

Cette perte de confiance ne concerne pas uniquement les acteurs politiques ou les organisations de défense des droits humains. Elle affecte également les investisseurs, les entrepreneurs et les administrations elles-mêmes. Un système judiciaire dont l'autonomie apparaît incertaine réduit la prévisibilité économique et fragilise la sécurité juridique indispensable au développement. La question institutionnelle ne relève donc pas uniquement des libertés publiques. Elle constitue aussi un enjeu économique et stratégique majeur.

La peur administrative

L'un des phénomènes les plus sous-estimés en Tunisie demeure la paralysie progressive de l'administration publique. Les hauts fonctionnaires hésitent de plus en plus à prendre des décisions engageant leur responsabilité. La multiplication des enquêtes, l'instabilité politique et la forte médiatisation des affaires de corruption ont créé un climat de prudence excessive au sein de l'appareil administratif.

« L'objectif implicite devient souvent d'éviter tout risque plutôt que de produire de l'efficacité. »

Cette situation produit une paralysie diffuse mais profonde. Les projets d'investissement prennent du retard, les arbitrages administratifs se complexifient et la prise d'initiative recule. L'administration tunisienne fonctionne alors dans une logique défensive où l'objectif implicite devient souvent d'éviter tout risque plutôt que de produire de l'efficacité. La lutte contre la corruption demeure évidemment nécessaire. Toutefois, lorsqu'elle s'accompagne d'une criminalisation générale de la décision administrative, elle peut finir par affaiblir la capacité même de l'État à agir. Le défi consiste donc à construire des mécanismes de contrôle transparents sans transformer l'administration en espace permanent de suspicion. La lutte contre la corruption risque ainsi de devenir contre-productive lorsqu'elle détruit simultanément la capacité d'action de l'administration et installe durablement une culture de la peur bureaucratique.

VI

Les vulnérabilités géopolitiques tunisiennes

Une souveraineté limitée par la dépendance économique

Le discours souverainiste de Kaïs Saïed rencontre un écho réel dans l'opinion tunisienne.

Cette dynamique s'inscrit dans une tendance plus large observée dans plusieurs sociétés confrontées à la mondialisation asymétrique, à l'endettement extérieur et au sentiment de déclassement national.[6] Car il répond à une fatigue collective face aux ingérences extérieures et aux politiques économiques imposées depuis plusieurs décennies. Toutefois, la souveraineté ne peut être réduite à une posture politique ou rhétorique. Elle suppose des ressources financières, des capacités industrielles, des marges budgétaires et une autonomie énergétique suffisante — un point que développe notre étude sur la souveraineté et le déficit stratégique en Tunisie.

« Le paradoxe tunisien réside dans cet écart croissant entre un discours politique fortement souverainiste et une réalité économique qui réduit les marges de manœuvre de l'État. »

Or, la Tunisie demeure fortement dépendante des financements européens, des institutions financières internationales, des importations énergétiques et du marché européen. Les transferts de la diaspora jouent également un rôle essentiel dans l'équilibre économique du pays. Cette dépendance structurelle limite considérablement la capacité de Tunis à définir une politique totalement autonome.

Le retour de la compétition des puissances

La Tunisie se retrouve aujourd'hui au croisement de plusieurs dynamiques géopolitiques majeures. La stratégie migratoire européenne, le repositionnement américain en Afrique du Nord, les recompositions du Moyen-Orient, les tensions autour de Gaza, les rivalités algéro-marocaines, l'instabilité libyenne et la crise sahélienne redessinent progressivement l'environnement stratégique du pays.

Dans ce contexte, la Tunisie ne peut plus se contenter d'une diplomatie réactive ou strictement défensive. Elle doit définir ses intérêts stratégiques avec davantage de clarté. L'absence de doctrine géopolitique structurée risque d'exposer le pays aux pressions contradictoires des puissances régionales et internationales. La faiblesse économique tunisienne renforce encore cette vulnérabilité. Plus un État dépend financièrement de ses partenaires extérieurs, plus il devient sensible aux conditionnalités diplomatiques, sécuritaires ou commerciales qui accompagnent les aides et les partenariats.

Le danger d'une externalisation de la souveraineté

Le risque majeur est que la Tunisie devienne progressivement un simple sous-traitant sécuritaire de l'Europe, un marché périphérique dépendant et une zone tampon migratoire intégrée aux dispositifs de contrôle méditerranéens. Une telle trajectoire fragiliserait durablement l'État tunisien. Elle réduirait sa capacité à définir ses propres priorités économiques et sociales et accentuerait le sentiment d'humiliation stratégique déjà perceptible dans une partie de l'opinion publique. La question centrale est donc celle de la profondeur stratégique tunisienne. Un pays qui ne produit pas suffisamment de richesses, qui dépend de financements extérieurs et qui subit les grandes recompositions régionales sans doctrine claire risque progressivement de perdre sa capacité de décision autonome.

Visualisation 04 · La souveraineté à l'épreuve des chiffres
Quand la dépendance se mesure
« La souveraineté suppose des ressources financières, des capacités industrielles, des marges budgétaires et une autonomie énergétique suffisante. » Trois indicateurs officiels donnent la mesure concrète de cette dépendance — et de son aggravation récente.
Autonomie énergétique

Taux d'indépendance énergétique

0 %
47 % (2023) → 45 % (2024) → 39 % (2025)

L'autosuffisance énergétique recule d'année en année : la Tunisie produit une part toujours plus faible de l'énergie qu'elle consomme.

Marges budgétaires

Déficit énergétique commercial

0
8 977 MDT (2023) → 10 718 MDT (2024) · +19 %

En 2024, le seul déficit énergétique représentait près de 57 % du déficit commercial total : un fardeau croissant sur les comptes extérieurs.

Capacité sociale

Chômage des diplômés du supérieur

0 %
Une population éduquée que l'économie n'absorbe pas

« Le pays dispose d'une population relativement éduquée mais il ne crée pas suffisamment d'emplois qualifiés capables d'absorber ses diplômés. »

Sources : taux d'indépendance énergétique 47 % (2023) → 45 % (2024) → 39 % (2025) et déficit de la balance commerciale énergétique 8 977 → 10 718 MDT (+19 %, ≈ 57 % du déficit commercial 2024), ministère de l'Industrie, des Mines et de l'Énergie, Conjoncture énergétique à fin décembre 2024, et IACE ; chômage des diplômés du supérieur ≈ 23,5 % au T1 2025, INS (relayé par La Presse). MDT : millions de dinars tunisiens.
VII

Pourquoi le modèle actuel n'est pas soutenable

La stabilité par le contrôle ne suffit pas

Le système politique actuel repose largement sur l'appareil sécuritaire, la centralisation du pouvoir présidentiel, la fragmentation de l'opposition et l'épuisement des forces politiques issues de la transition démocratique.

Plusieurs analystes ont également alerté sur les limites d'une stratégie de stabilisation fondée principalement sur le contrôle politique sans transformation économique profonde. Cette configuration peut produire une stabilité apparente à court terme. Elle ne suffit cependant pas à résoudre les vulnérabilités structurelles du pays. Le chômage massif, la dette publique, la pauvreté, la fracture territoriale, la crise des services publics et la faiblesse de l'investissement continuent de fragiliser les équilibres sociaux. L'exode des compétences vers l'étranger réduit progressivement la capacité du pays à se projeter dans l'avenir.

Une stabilité durable ne peut reposer exclusivement sur le contrôle politique ou sécuritaire. Elle suppose la capacité de produire de la croissance, de restaurer la confiance sociale et d'offrir des perspectives crédibles aux nouvelles générations.

Visualisation 05 · Un système de vulnérabilités cumulatives
Le cercle des fragilités qui se renforcent
« La désintégration territoriale, la fragilité économique, les tensions sociales, la fuite des compétences, la dépendance extérieure, la polarisation politique et la fatigue collective composent désormais un paysage de vulnérabilités cumulatives. » Aucune fragilité n'agit seule : chacune alimente les suivantes.

Survolez ou touchez un nœud pour explorer les boucles de rétroaction
Cartographie qualitative et conceptuelle des sept vulnérabilités décrites dans la conclusion de l'article et des liens de renforcement réciproque qu'elles entretiennent. Aucune valeur chiffrée n'est avancée : il s'agit d'un schéma analytique des dynamiques, et non d'une mesure d'intensité.

Une société qui se désagrège silencieusement

Le phénomène le plus inquiétant en Tunisie est peut-être moins la répression politique que la désagrégation progressive du tissu social. Plusieurs sociologues tunisiens décrivent aujourd'hui une crise profonde de la confiance collective et de l'adhésion au projet national.[7] Cette désagrégation se manifeste par l'émigration massive des jeunes, l'effondrement de la confiance collective, la montée du cynisme, la précarisation des classes moyennes, l'extension de l'économie informelle et les violences symboliques et sociales qui traversent désormais une partie du pays.

« Une société qui n'offre plus de perspective à sa jeunesse entre dans une zone de danger stratégique. »

La société tunisienne semble progressivement perdre sa capacité à produire un imaginaire collectif mobilisateur. Les promesses de la révolution se sont dissipées sans être remplacées par une nouvelle perspective nationale crédible. Le risque n'est donc pas seulement économique ou institutionnel ; il est aussi psychologique et culturel. L'émigration cesse alors d'être un phénomène marginal pour devenir un horizon collectif. Cette dynamique affaiblit progressivement les capacités humaines du pays et nourrit un cercle vicieux de découragement et de stagnation.

VIII

Vers une stratégie nationale tunisienne

La Tunisie ne pourra sortir durablement de l'impasse actuelle sans élaborer une doctrine nationale cohérente articulant les dimensions économiques, sociales, territoriales et géopolitiques.

Une telle stratégie ne peut se limiter à des mesures ponctuelles ou à des réponses sécuritaires aux crises successives. Elle suppose une redéfinition du rôle de l'État et des priorités nationales.

Visualisation 06 · L'anatomie d'une stratégie nationale
Six chantiers pour reconstruire l'État
« Une doctrine nationale cohérente articulant les dimensions économiques, sociales, territoriales et géopolitiques. » Six chantiers prioritaires, marche après marche, du socle administratif jusqu'à la cohésion sociale. Cliquez sur une marche pour révéler ses leviers.
    Capacités administratives Rééquilibrage territorial Politique industrielle Financement de l'économie Doctrine migratoire Contrat social
    Cadre analytique synthétisant les six chantiers de la stratégie nationale décrits dans le chapitre VIII de l'article.

    La première urgence consiste à reconstruire les capacités administratives de l'État. L'administration tunisienne reste l'une des principales ressources du pays, mais elle souffre d'un épuisement progressif. La peur des poursuites, la lourdeur des procédures et l'instabilité politique ont profondément affaibli sa capacité d'initiative. La modernisation administrative doit devenir une priorité nationale. Cela implique une simplification massive des procédures, une numérisation des services publics, une clarification des responsabilités et une protection des fonctionnaires contre l'arbitraire politique. Un État paralysé administrativement ne peut conduire aucune transformation économique sérieuse.

    La question territoriale doit également être replacée au cœur de l'action publique. Les disparités entre le littoral et les régions intérieures constituent aujourd'hui la principale fracture nationale. L'effondrement des infrastructures scolaires et sanitaires dans certaines zones ne relève plus du simple retard de développement ; il menace directement la cohésion nationale. La Tunisie a besoin d'un plan décennal de rééquilibrage territorial fondé sur les infrastructures, le transport, la santé, l'éducation et l'investissement productif dans les régions marginalisées.

    Sur le plan économique, le pays doit impérativement sortir du modèle de croissance fondé sur la sous-traitance à faible valeur ajoutée. Cela suppose une politique industrielle explicite orientée vers les secteurs technologiques, l'économie numérique, les énergies renouvelables et la transformation agroalimentaire. La création d'une banque publique d'investissement dédiée au financement des PME innovantes pourrait constituer un levier central de cette stratégie. Le système bancaire doit être profondément réorienté vers le financement de l'économie réelle. Aujourd'hui, une grande partie des ressources financières est absorbée par le financement de la dette publique. Cette situation prive les entreprises productives des capitaux nécessaires à leur développement. La restructuration du secteur bancaire ne peut plus être reportée.

    La question sociale doit également être abordée de manière structurelle. L'érosion des classes moyennes représente un risque politique majeur. Pendant longtemps, ces catégories sociales ont constitué un facteur de stabilité relative. Leur précarisation progressive alimente désormais le pessimisme collectif, la défiance envers les institutions et l'émigration massive des jeunes diplômés. La reconstruction d'un contrat social nécessite une réforme de la protection sociale, un accès plus équitable au crédit, une politique active de l'emploi et une lutte plus efficace contre l'inflation.

    Concernant la migration, la Tunisie doit abandonner la logique du déni stratégique. Le pays fait désormais partie des grands espaces de circulation migratoire entre l'Afrique subsaharienne et l'Europe. Refuser cette réalité ne fait qu'accroître les tensions sociales et favoriser les trafics. Une doctrine migratoire crédible devrait articuler coopération africaine, gestion administrative transparente, lutte contre les réseaux criminels et négociation plus équilibrée avec l'Union européenne. La coopération migratoire avec l'Europe ne peut continuer à reposer exclusivement sur la dimension sécuritaire. La Tunisie supporte aujourd'hui une part croissante des coûts sociaux et politiques de la politique migratoire européenne sans disposer des moyens nécessaires pour gérer durablement cette situation. Une renégociation du partenariat euro-tunisien autour du développement économique, de l'investissement et de la mobilité légale devient indispensable.

    Enfin, la Tunisie doit clarifier sa doctrine géopolitique. Le monde entre dans une phase de fortes recompositions régionales et internationales. Dans cet environnement instable, la Tunisie ne peut plus se contenter d'une diplomatie réactive. Elle doit construire une stratégie fondée sur ses intérêts nationaux, capable de préserver son autonomie tout en diversifiant ses partenariats. Le développement des relations avec l'Afrique subsaharienne, la consolidation des liens maghrébins et la diversification des débouchés économiques doivent devenir des priorités stratégiques.

    Conclusion : quel État pour quelle Tunisie ?

    Le débat tunisien demeure aujourd'hui prisonnier d'une opposition largement stérile. D'un côté, certains réduisent toute critique du pouvoir à une défense de la démocratie libérale. De l'autre, certains assimilent toute critique de l'État ou de l'autoritarisme à une remise en cause de la souveraineté nationale.

    Cette polarisation masque pourtant l'essentiel. La Tunisie a simultanément besoin d'un État fort et d'institutions légitimes. L'autorité de l'État et les garanties institutionnelles ne sont pas contradictoires ; elles sont complémentaires. La véritable souveraineté ne réside pas uniquement dans le refus des pressions extérieures ou dans les discours de fermeté diplomatique. Elle réside dans la capacité concrète d'un État à nourrir sa population, financer son économie, protéger ses institutions, intégrer ses territoires, offrir des perspectives à sa jeunesse et maintenir sa cohésion sociale.

    « La souveraineté est d'abord une question de capacités internes. »

    Un État incapable de produire de la croissance, de réduire ses fractures territoriales ou de moderniser son administration reste vulnérable, quelle que soit l'intensité de son discours politique. La question tunisienne dépasse donc largement le débat entre démocratie et autoritarisme. Elle concerne la reconstruction d'une puissance publique capable de stabiliser le pays, de produire de la confiance et de préparer l'avenir.

    La Tunisie n'est ni un État effondré ni un succès stabilisé. Elle se situe dans une zone intermédiaire particulièrement dangereuse où les institutions tiennent encore mais où les fragilités structurelles s'accumulent. L'administration continue de fonctionner malgré son épuisement progressif. La société demeure relativement éduquée et conserve des capacités importantes d'adaptation. L'armée reste républicaine et les structures de l'État ne se sont pas désintégrées. Le pays conserve également des atouts géographiques et humains considérables.

    Mais les signaux d'alerte se multiplient. La désintégration territoriale, la fragilité économique, les tensions sociales, la fuite des compétences, la dépendance extérieure, la polarisation politique et la fatigue collective composent désormais un paysage de vulnérabilités cumulatives. La Tunisie ne manque pas uniquement de démocratie. Elle manque surtout d'un horizon stratégique partagé capable d'organiser l'action publique et de restaurer la confiance collective.

    « Le danger le plus profond est celui d'un lent déclassement national : un État qui survit sans se transformer réellement. »

    Le principal risque n'est pas nécessairement celui d'une dictature classique. Le danger le plus profond est celui d'un lent déclassement national : un État qui survit sans se transformer réellement, une société qui s'appauvrit sans explosion immédiate, une jeunesse qui quitte massivement le pays, une économie qui stagne durablement et un pouvoir absorbé par la gestion permanente des urgences.

    La Tunisie peut encore éviter cette trajectoire. Mais cela suppose une rupture intellectuelle majeure. Le pays doit sortir de la politique de réaction permanente, du gouvernement par les crises et de la transition sans fin. Il doit surtout reconstruire ce qui lui manque depuis plusieurs décennies : une stratégie nationale de long terme capable d'articuler souveraineté, développement, cohésion sociale et capacité institutionnelle.

    Notes & références
    1

    Sur l'échec des transitions privées de transformation socio-économique : Asef Bayat, Revolution without Revolutionaries, Stanford University Press, 2017 ; Hamza Meddeb, « Tunisia's Fragile Stability », Carnegie Middle East Center, 2021.

    2

    Sur l'économie politique de l'État tunisien et les disparités régionales : Béatrice Hibou, La Force de l'obéissance, La Découverte, 2006 ; Hèla Yousfi, L'UGTT, une passion tunisienne, Karthala, 2018 ; INS, Carte de la pauvreté en Tunisie.

    3

    Diagnostic macroéconomique et disparités régionales : Banque mondiale, La révolution inachevée (chap. 10) et Tunisia Economic Monitor, 2022-2025 ; FMI, rapports au titre de l'Article IV ; sur la sous-traitance à faible valeur ajoutée, BAD, Analyse du système productif tunisien ; sur la crise des chèques, Le Monde.

    4

    Sur l'externalisation des frontières euro-méditerranéennes : Claire Rodier, Xénophobie Business, La Découverte, 2012 ; rapports de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) ; Amnesty International, accord UE-Tunisie sur les migrations (2023).

    5

    Sur les pressions institutionnelles : Commission internationale de juristes, rapports sur la Tunisie 2023-2025 ; Yadh Ben Achour, travaux sur la transition constitutionnelle tunisienne.

    6

    Sur l'État, la souveraineté et la dépendance : Jean-François Bayart, L'État en Afrique, Fayard, 2006 ; Achille Mbembe, Politiques de l'inimitié, La Découverte, 2016.

    7

    Sur les dynamiques sociales et l'émigration : Olfa Lamloum, travaux sur les mouvements sociaux en Tunisie ; sur le drame de Mezzouna et ses suites, voir France 24.

    ', iconSize:[22,22], iconAnchor:[11,11] }); const marker = L.marker(MEZZOUNA, {icon}).addTo(map); marker.bindPopup('
    MezzounaGouvernorat de Sidi Bouzid · centre-ouest de la Tunisie. Lycée endeuillé le 14 avril 2025.
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    ${d.key}

    ${side==='littoral'?'Le littoral':'Les régions intérieures'}

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    ${side==='littoral'?d.descL:d.descI}

    Source : ${d.src}
    `; } bl.on('mouseenter',()=>hov('littoral')).on('click',()=>hov('littoral')); bi.on('mouseenter',()=>hov('interieur')).on('click',()=>hov('interieur')); }); ScrollTrigger.create({ trigger:'#ssqSplit', start:'top 78%', onEnter:()=>{ DIMS.forEach((d,i)=>{ d._bl.transition().duration(1000).delay(i*100) .attr('x',()=>mid-7-d._bl.targetW).attr('width',d._bl.targetW); d._bi.transition().duration(1000).delay(i*100).attr('width',d._bi.targetW); }); } }); })(); /* VIZ 02 — MOBILE (cartes empilées avec barres) */ (function(){ const wrap = document.getElementById('ssqSplitMobile'); if(!wrap) return; let html=''; DIMS.forEach(d=>{ html += `
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    Littoral
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    Intérieur
    ${d.unitI}
    `; }); wrap.innerHTML = html; const obs = new IntersectionObserver((es)=>{ es.forEach(e=>{ if(e.isIntersecting){ wrap.querySelectorAll('.vizm-fill').forEach((f,i)=>{ setTimeout(()=>{ f.style.width = f.dataset.w+'%'; }, i*120); }); obs.disconnect(); }}); },{threshold:.25}); obs.observe(wrap); })(); /* ============================================================ VIZ 03 — TROIS PILIERS + ICÔNES ANIMÉES ============================================================ */ const PILLARS = [ {name:'Tourisme', val:34, color:C.sky, icon:'tourism', note:'Recettes touristiques, exposées aux chocs extérieurs.'}, {name:'Sous-traitance industrielle', val:38, color:C.olive, icon:'factory', note:'Destinée au marché européen, fondée sur le faible coût du travail.'}, {name:'Transferts de la diaspora', val:28, color:C.earth, icon:'diaspora', note:'≈ 6,5 % du PIB en 2024 ; une soupape économique.'} ]; /* ============================================================ Icônes médaillon — finition « ultra-premium » : dégradés, glow, reflets, profondeur. Tout est clippé dans le disque. ============================================================ */ let _iconSeq = 0; function buildPillarIcon(parent, type, x, y, size, color){ const s = size, R = s*0.5; const ID = 'ic'+(_iconSeq++); const g = parent.append('g').attr('transform',`translate(${x},${y})`); const defs = g.append('defs'); // clip principal defs.append('clipPath').attr('id',ID+'clip').append('circle').attr('r',R); // fond médaillon : dégradé radial profond + vignettage const bg = defs.append('radialGradient').attr('id',ID+'bg').attr('cx','36%').attr('cy','30%').attr('r','80%'); bg.append('stop').attr('offset','0%').attr('stop-color','#21375c'); bg.append('stop').attr('offset','55%').attr('stop-color','#142844'); bg.append('stop').attr('offset','100%').attr('stop-color','#0a1626'); // glow doux réutilisable const fg = defs.append('filter').attr('id',ID+'glow').attr('x','-60%').attr('y','-60%').attr('width','220%').attr('height','220%'); fg.append('feGaussianBlur').attr('stdDeviation',R*0.05).attr('result','b'); const fm = fg.append('feMerge'); fm.append('feMergeNode').attr('in','b'); fm.append('feMergeNode').attr('in','SourceGraphic'); // dégradé "or" pour accents const gold = defs.append('linearGradient').attr('id',ID+'gold').attr('x1','0').attr('y1','0').attr('x2','1').attr('y2','1'); gold.append('stop').attr('offset','0%').attr('stop-color','#F4E3A8'); gold.append('stop').attr('offset','50%').attr('stop-color','#E8C969'); gold.append('stop').attr('offset','100%').attr('stop-color','#A8862A'); // dégradé "acier" pour le métal const steel = defs.append('linearGradient').attr('id',ID+'steel').attr('x1','0').attr('y1','0').attr('x2','0').attr('y2','1'); steel.append('stop').attr('offset','0%').attr('stop-color','#ffffff'); steel.append('stop').attr('offset','45%').attr('stop-color','#e6edf5'); steel.append('stop').attr('offset','100%').attr('stop-color','#aab8c8'); g.append('circle').attr('r',R).attr('fill',`url(#${ID}bg)`); // vignettage interne g.append('circle').attr('r',R).attr('fill','none') .attr('stroke','rgba(0,0,0,0.45)').attr('stroke-width',R*0.16).attr('opacity',.5); // anneau or + segment lumineux qui orbite const ring = g.append('g').attr('clip-path',`url(#${ID}clip)`); ring.append('circle').attr('r',R-2.5).attr('fill','none').attr('stroke',`url(#${ID}gold)`).attr('stroke-width',1.6).attr('opacity',.55); const spark = ring.append('circle').attr('r',R-2.5).attr('fill','none') .attr('stroke','#FFF6DD').attr('stroke-width',2.2).attr('stroke-linecap','round') .attr('stroke-dasharray',`${(R-2.5)*0.5} ${(R-2.5)*5.5}`).attr('filter',`url(#${ID}glow)`); gsap.to(spark.node(),{rotation:360, transformOrigin:'0px 0px', duration:6, repeat:-1, ease:'none'}); // reflet de verre en haut (statique, donne la profondeur) const gloss = defs.append('linearGradient').attr('id',ID+'gloss').attr('x1','0').attr('y1','0').attr('x2','0').attr('y2','1'); gloss.append('stop').attr('offset','0%').attr('stop-color','rgba(255,255,255,0.30)'); gloss.append('stop').attr('offset','100%').attr('stop-color','rgba(255,255,255,0)'); // calque contenu const ic = g.append('g').attr('clip-path',`url(#${ID}clip)`) .attr('fill','none').attr('stroke','#fff').attr('stroke-width',2.2) .attr('stroke-linecap','round').attr('stroke-linejoin','round'); /* ---------------- TOURISME ---------------- */ if(type==='tourism'){ // ciel dégradé bas + horizon courbe ic.append('circle').attr('cx',0).attr('cy',R*1.0).attr('r',R*0.96) .attr('fill','rgba(232,201,105,0.07)').attr('stroke','rgba(255,255,255,0.22)').attr('stroke-width',1.2); // soleil avec glow const sun = ic.append('circle').attr('cx',R*0.46).attr('cy',-R*0.46).attr('r',R*0.15) .attr('fill',`url(#${ID}gold)`).attr('stroke','none').attr('filter',`url(#${ID}glow)`); gsap.to(sun.node(),{attr:{r:R*0.18}, duration:2.2, repeat:-1, yoyo:true, ease:'sine.inOut'}); const pathDef = `M ${-R*0.66} ${R*0.38} Q ${-R*0.05} ${-R*0.82} ${R*0.7} ${-R*0.4}`; const trail = ic.append('path').attr('d',pathDef) .attr('stroke',`url(#${ID}gold)`).attr('stroke-width',1.8).attr('stroke-dasharray','1.5 5').attr('filter',`url(#${ID}glow)`); const fp = ic.append('path').attr('d',pathDef).attr('stroke','none').node(); const fpLen = fp.getTotalLength(); // avion stylisé (corps + ailes) const plane = ic.append('g'); plane.append('path').attr('d',`M ${R*0.22} 0 L ${-R*0.14} ${R*0.07} L ${-R*0.04} 0 L ${-R*0.14} ${-R*0.07} Z`) .attr('fill',`url(#${ID}steel)`).attr('stroke','none'); plane.append('path').attr('d',`M 0 0 L ${-R*0.1} ${R*0.13} M 0 0 L ${-R*0.1} ${-R*0.13}`) .attr('stroke','#fff').attr('stroke-width',1.6); const st={p:0}; gsap.to(st,{p:1, duration:3.6, repeat:-1, ease:'power1.inOut', onUpdate:()=>{ const len=st.p*fpLen, pt=fp.getPointAtLength(Math.min(len,fpLen-.5)), pt2=fp.getPointAtLength(Math.min(len+1,fpLen)); const ang=Math.atan2(pt2.y-pt.y,pt2.x-pt.x)*180/Math.PI; plane.attr('transform',`translate(${pt.x},${pt.y}) rotate(${ang}) scale(.78)`); }}); gsap.set(trail.node(),{attr:{'stroke-dasharray':`${fpLen} ${fpLen}`,'stroke-dashoffset':fpLen}}); gsap.to(trail.node(),{attr:{'stroke-dashoffset':0}, duration:3.6, repeat:-1, ease:'power1.inOut'}); } /* ---------------- INDUSTRIE ---------------- */ else if(type==='factory'){ function gear(cx,cy,rOut,rIn,teeth,dur,dir,phase){ const gg = ic.append('g').attr('transform',`translate(${cx},${cy}) rotate(${phase||0})`); let p=''; for(let i=0;i{ const cr=R*0.18, px=big.x+Math.cos(pst.a)*cr, py=big.y+Math.sin(pst.a)*cr, hx=R*0.48, hy=-R*0.32; rod.attr('x1',px).attr('y1',py).attr('x2',hx).attr('y2',hy); head.attr('x',hx-R*0.14).attr('y',hy-R*0.065); }}); // étincelles discrètes à l'engrènement const sp = ic.append('circle').attr('r',R*0.03).attr('fill','#FFF0C0').attr('stroke','none').attr('opacity',0).attr('filter',`url(#${ID}glow)`); gsap.to(sp.node(),{opacity:.9, duration:0.15, repeat:-1, repeatDelay:1.1, yoyo:true, ease:'none', onRepeat:()=>{ sp.attr('cx',R*0.08+(Math.random()-.5)*R*0.1).attr('cy',R*0.08+(Math.random()-.5)*R*0.1); }}); } /* ---------------- DIASPORA ---------------- */ else if(type==='diaspora'){ // globe avec léger glow const globe = ic.append('g'); globe.append('circle').attr('r',R*0.42).attr('stroke','#fff').attr('stroke-width',2.2); globe.append('circle').attr('r',R*0.42).attr('fill','rgba(107,137,184,0.10)').attr('stroke','none'); [-0.22,0,0.22].forEach(k=>{ const hw=Math.sqrt(Math.max(0,(R*0.42)**2-(R*0.42*k*1.9)**2)); globe.append('line').attr('x1',-hw).attr('y1',R*0.42*k*1.9).attr('x2',hw).attr('y2',R*0.42*k*1.9) .attr('stroke','rgba(255,255,255,0.4)').attr('stroke-width',1.2); }); const lonG = globe.append('g').attr('clip-path',`url(#${ID}clip)`); const lons=[1,0.5,0].map(o=>lonG.append('ellipse').attr('rx',R*0.42*o).attr('ry',R*0.42) .attr('stroke','rgba(255,255,255,0.5)').attr('stroke-width',1.2).attr('fill','none')); const rot={t:0}; gsap.to(rot,{t:1, duration:5, repeat:-1, ease:'none', onUpdate:()=>{ lons.forEach((e,i)=>{ const k=Math.cos(((rot.t+i/3)%1)*Math.PI*2); e.attr('rx',R*0.42*Math.abs(k)).attr('stroke','rgba(255,255,255,'+(0.25+0.4*Math.abs(k))+')'); }); }}); // flux de valeur convergents (or, avec glow), traînée const flux = ic.append('g').attr('filter',`url(#${ID}glow)`); for(let i=0;i<5;i++){ const a=i/5*Math.PI*2, dot=flux.append('circle').attr('r',R*0.045).attr('fill',`url(#${ID}gold)`).attr('stroke','none'); const st={p:0}; gsap.to(st,{p:1, duration:2.6, repeat:-1, delay:i*0.5, ease:'power2.in', onUpdate:()=>{ const rr=R*0.8*(1-st.p); dot.attr('cx',Math.cos(a)*rr).attr('cy',Math.sin(a)*rr) .attr('opacity', st.p<0.1?st.p/0.1 : (st.p>0.9?(1-st.p)/0.1:1)); }}); } const core = ic.append('circle').attr('r',R*0.1).attr('fill','#FFF6DD').attr('stroke','none').attr('filter',`url(#${ID}glow)`); gsap.to(core.node(),{attr:{r:R*0.15}, opacity:.75, duration:0.7, repeat:-1, yoyo:true, ease:'sine.inOut'}); } // reflet de verre par-dessus tout (profondeur) g.append('path').attr('clip-path',`url(#${ID}clip)`) .attr('d',`M ${-R} ${-R*0.2} A ${R} ${R} 0 0 1 ${R} ${-R*0.2} Q 0 ${-R*0.05} ${-R} ${-R*0.2} Z`) .attr('fill',`url(#${ID}gloss)`).attr('opacity',.5); return g; } (function(){ const svg = d3.select('#ssqPillars'); if(svg.empty()) return; const W=1000, H=460; const defs = svg.append('defs'); function grad(id,c1,c2){ const g=defs.append('linearGradient').attr('id',id).attr('x1','0').attr('y1','0').attr('x2','0').attr('y2','1'); g.append('stop').attr('offset','0%').attr('stop-color',c2); g.append('stop').attr('offset','100%').attr('stop-color',c1); } grad('pg0', C.sky, C.skySoft); grad('pg1', C.olive, C.oliveSoft); grad('pg2', C.earth, C.earthSoft); const f=defs.append('filter').attr('id','pSoft').attr('x','-30%').attr('y','-30%').attr('width','160%').attr('height','160%'); f.append('feDropShadow').attr('dx',0).attr('dy',6).attr('stdDeviation',8).attr('flood-color','rgba(21,25,31,.18)'); const fills=['url(#pg0)','url(#pg1)','url(#pg2)']; const cx = [W*0.2, W*0.5, W*0.8]; const baseY = 360, colW = 150, maxH = 250; const x = d3.scaleLinear().domain([0,40]).range([0,maxH]); svg.append('rect').attr('x',60).attr('y',baseY).attr('width',W-120).attr('height',12).attr('fill',C.paper2).attr('stroke',C.line); svg.append('rect').attr('x',40).attr('y',baseY+12).attr('width',W-80).attr('height',12).attr('fill',C.sand).attr('stroke',C.line); svg.append('text').attr('x',W/2).attr('y',baseY+48).attr('text-anchor','middle') .attr('font-family','Cormorant Garamond, serif').attr('font-style','italic') .attr('font-size',16).attr('fill',C.mute) .text('Un socle de stabilité macroéconomique sans transformation productive'); PILLARS.forEach((p,i)=>{ const colX = cx[i]-colW/2; const col = svg.append('rect').attr('filter','url(#pSoft)') .attr('x',colX).attr('width',colW).attr('y',baseY).attr('height',0) .attr('fill',fills[i]).attr('stroke',C.paper).attr('stroke-width',2).attr('rx',3); col.append('title').text(p.note); const cap = svg.append('rect').attr('x',colX-10).attr('width',colW+20).attr('height',12) .attr('y',baseY).attr('fill',p.color).attr('opacity',0).attr('rx',2); svg.append('text').attr('x',cx[i]).attr('y',baseY+72).attr('text-anchor','middle') .attr('font-family','Cormorant Garamond, serif').attr('font-style','italic').attr('font-weight',600) .attr('font-size',16).attr('fill',C.ink) .each(function(){ const words=p.name.split(' '); const sel=d3.select(this); if(words.length>1){ sel.append('tspan').attr('x',cx[i]).attr('dy',0).text(words[0]); sel.append('tspan').attr('x',cx[i]).attr('dy','1.1em').text(words.slice(1).join(' ')); } else sel.text(p.name); }); p._col=col; p._cap=cap; p._cx=cx[i]; }); let iconsBuilt=false; ScrollTrigger.create({ trigger:'#ssqPillars', start:'top 80%', onEnter:()=>{ PILLARS.forEach((p,i)=>{ const h=x(p.val); p._col.transition().duration(1000).delay(i*150+100).attr('y',baseY-h).attr('height',h); p._cap.transition().duration(600).delay(i*150+900).attr('y',baseY-h-12).attr('opacity',.95); // icône animée placée en haut de la colonne setTimeout(()=>{ if(p._iconG) return; // icône médaillon clippée, posée au sommet de la colonne p._iconG = buildPillarIcon(svg, p.icon, p._cx, baseY-h+46, 78, p.color) .attr('opacity',0); p._iconG.transition().duration(500).attr('opacity',1); }, i*150+1100); }); } }); })(); /* VIZ 03 — MOBILE (barres horizontales + mini-icônes animées) */ function buildMiniIcon(type, color){ // petites icônes SVG animées via CSS/SMIL inline if(type==='tourism'){ return ` `; } if(type==='factory'){ return ` `; } // diaspora return ` `; } (function(){ const wrap = document.getElementById('ssqPillarsMobile'); if(!wrap) return; const max=40; let html=''; PILLARS.forEach(p=>{ html += `
    ${buildMiniIcon(p.icon, p.color)}${p.name}
    pilier
    `; }); wrap.innerHTML = html; const obs = new IntersectionObserver((es)=>{ es.forEach(e=>{ if(e.isIntersecting){ wrap.querySelectorAll('.vizm-pillars-fill').forEach((f,i)=>{ setTimeout(()=>{ f.style.width=f.dataset.w+'%'; }, i*140); }); obs.disconnect(); }}); },{threshold:.3}); obs.observe(wrap); })(); /* ============================================================ VIZ 05 — CERCLE DES VULNÉRABILITÉS (desktop) ============================================================ */ const VULN = [ {id:'territoire', label:'Désintégration territoriale', color:C.olive, desc:'Le sous-investissement creuse l\'écart littoral / intérieur et nourrit l\'exode interne et les tensions.', feeds:['social','fuite']}, {id:'eco', label:'Fragilité économique', color:C.sky, desc:'Croissance faible et dépendance extérieure limitent l\'emploi et les marges de l\'État.', feeds:['social','dependance','fuite']}, {id:'social', label:'Tensions sociales', color:C.rust, desc:'La précarité et le sentiment d\'abandon alimentent défiance, polarisation et désignation de boucs émissaires.', feeds:['polar','fatigue']}, {id:'fuite', label:'Fuite des compétences', color:C.earth, desc:'L\'émigration des diplômés affaiblit les capacités humaines et entretient la stagnation.', feeds:['eco','fatigue']}, {id:'dependance', label:'Dépendance extérieure', color:C.wheatDeep, desc:'La dépendance financière et énergétique réduit l\'autonomie de décision de l\'État.', feeds:['polar']}, {id:'polar', label:'Polarisation politique', color:C.blue, desc:'Le débat se fige en oppositions stériles qui empêchent toute stratégie de long terme.', feeds:['fatigue','eco']}, {id:'fatigue', label:'Fatigue collective', color:C.mute, desc:'L\'épuisement de l\'imaginaire mobilisateur referme le cercle : moins d\'adhésion, plus de défiance.', feeds:['social','territoire']} ]; const VLABEL = Object.fromEntries(VULN.map(v=>[v.id, v.label])); (function(){ const svg = d3.select('#ssqCycleSvg'); if(svg.empty()) return; const hud = document.getElementById('cycleHud'); const W=1000, H=1000, cx=W/2, cy=H/2, R=320; const N = VULN.length; const pos = {}; VULN.forEach((n,i)=>{ const a = -Math.PI/2 + (i/N)*Math.PI*2; pos[n.id] = {x: cx+Math.cos(a)*R, y: cy+Math.sin(a)*R, a}; }); const defs = svg.append('defs'); defs.html(` `); const g = svg.append('g'); g.append('circle').attr('cx',cx).attr('cy',cy).attr('r',R) .attr('fill','none').attr('stroke',C.line).attr('stroke-width',1).attr('stroke-dasharray','2 7'); const linkG = g.append('g'); const links = []; VULN.forEach(n=>{ n.feeds.forEach(t=>{ const s=pos[n.id], e=pos[t]; const mx=(s.x+e.x)/2, my=(s.y+e.y)/2; const ccx = mx + (cx-mx)*0.45, ccy = my + (cy-my)*0.45; const path = linkG.append('path') .attr('d',`M ${s.x} ${s.y} Q ${ccx} ${ccy} ${e.x} ${e.y}`) .attr('fill','none').attr('stroke',C.wheatDeep).attr('stroke-width',1.4) .attr('stroke-opacity',0).attr('marker-end','url(#cycArrow)'); links.push({from:n.id,to:t,path}); }); }); g.append('circle').attr('cx',cx).attr('cy',cy).attr('r',96).attr('fill','url(#cycCore)') .attr('stroke',C.wheat).attr('stroke-width',1.5).attr('stroke-opacity',.5); g.append('text').attr('x',cx).attr('y',cy-8).attr('text-anchor','middle') .attr('font-family','Cormorant Garamond, serif').attr('font-style','italic').attr('font-weight',700) .attr('font-size',26).attr('fill',C.wheatSoft).text('Vulnérabilités'); g.append('text').attr('x',cx).attr('y',cy+22).attr('text-anchor','middle') .attr('font-family','Cormorant Garamond, serif').attr('font-style','italic') .attr('font-size',22).attr('fill','rgba(244,239,230,.85)').text('cumulatives'); const nodeG = g.append('g'); const nodeSel = {}; VULN.forEach(n=>{ const p=pos[n.id]; const grp = nodeG.append('g').attr('transform',`translate(${p.x},${p.y})`).attr('opacity',0) .attr('transform-origin',`${p.x}px ${p.y}px`).style('cursor','pointer'); grp.append('circle').attr('r',58).attr('fill',C.paper).attr('stroke',n.color).attr('stroke-width',3); grp.append('circle').attr('r',58).attr('fill',n.color).attr('fill-opacity',.10); const words = n.label.split(' '); const txt = grp.append('text').attr('text-anchor','middle') .attr('font-family','Inter, sans-serif').attr('font-weight',600).attr('font-size',13).attr('fill',C.ink); if(words.length>1){ const mid=Math.ceil(words.length/2); txt.append('tspan').attr('x',0).attr('dy','-0.2em').text(words.slice(0,mid).join(' ')); txt.append('tspan').attr('x',0).attr('dy','1.15em').text(words.slice(mid).join(' ')); } else txt.attr('dy','.35em').text(n.label); nodeSel[n.id]=grp; function focus(){ VULN.forEach(o=> nodeSel[o.id].transition().duration(300).attr('opacity', o.id===n.id || n.feeds.includes(o.id) ? 1 : .25)); nodeSel[n.id].select('circle').transition().duration(300).attr('r',64); links.forEach(l=> l.path.transition().duration(300) .attr('stroke-opacity', l.from===n.id ? .95 : .05).attr('stroke-width', l.from===n.id ? 2.4 : 1.2)); hud.querySelector('h5').textContent = n.label; hud.querySelector('p').textContent = n.desc; hud.classList.add('show'); } function blur(){ VULN.forEach(o=> nodeSel[o.id].transition().duration(300).attr('opacity',1)); nodeSel[n.id].select('circle').transition().duration(300).attr('r',58); links.forEach(l=> l.path.transition().duration(300).attr('stroke-opacity',.28).attr('stroke-width',1.4)); hud.classList.remove('show'); } grp.on('mouseenter',focus).on('mouseleave',blur).on('click',focus); }); const flow = g.append('g'); const dots = links.map(l=>({l, dot:flow.append('circle').attr('r',3).attr('fill',C.wheat).attr('opacity',0)})); let started=false, t0=0; function anim(now){ if(!started){ requestAnimationFrame(anim); return; } const t=(now-t0)/1000; dots.forEach((d,i)=>{ const node = d.l.path.node(); const len = node.getTotalLength(); const prog = (t*0.18 + i*0.13) % 1; const pt = node.getPointAtLength(prog*len); d.dot.attr('cx',pt.x).attr('cy',pt.y).attr('opacity', d.l.path.attr('stroke-opacity')>0.15?0.9:0.25); }); if(!reduced) requestAnimationFrame(anim); } requestAnimationFrame(anim); ScrollTrigger.create({ trigger:'#ssqCycle', start:'top 75%', onEnter:()=>{ VULN.forEach((n,i)=> nodeSel[n.id].transition().duration(700).delay(i*90).attr('opacity',1)); links.forEach((l,i)=> l.path.transition().duration(700).delay(700+i*40).attr('stroke-opacity',.28)); if(!started){ started=true; t0=performance.now(); } } }); })(); /* VIZ 05 — MOBILE (liste de boucles) */ (function(){ const wrap = document.getElementById('ssqCycleMobile'); if(!wrap) return; let html=''; VULN.forEach(v=>{ const feeds = v.feeds.map(f=>VLABEL[f]).join(' → '); html += `
    ${v.label}

    ${v.desc}

    ↳ alimente : ${feeds}
    `; }); wrap.innerHTML = html; })(); /* ============================================================ VIZ 04 — SOUVERAINETÉ MESURÉE : compteurs + sparklines ============================================================ */ (function(){ const cards = document.querySelectorAll('.viz-sov-card'); if(!cards.length) return; const sparkData = { energy:[47,45,39], deficit:[8977,10718], chomage:[25,23.4,23.5] }; document.querySelectorAll('svg[data-spark]').forEach(svgEl=>{ const key = svgEl.getAttribute('data-spark'); const data = sparkData[key]; const svg = d3.select(svgEl); const W=240, H=64, pad=8; const x = d3.scaleLinear().domain([0,data.length-1]).range([pad, W-pad]); const y = d3.scaleLinear().domain([d3.min(data)*0.9, d3.max(data)*1.05]).range([H-pad, pad]); const up = data[data.length-1] > data[0]; const col = key==='deficit' ? C.rust : (up?C.olive:C.rust); const line = d3.line().x((d,i)=>x(i)).y(d=>y(d)).curve(d3.curveMonotoneX); const area = d3.area().x((d,i)=>x(i)).y0(H-pad).y1(d=>y(d)).curve(d3.curveMonotoneX); svg.append('path').datum(data).attr('d',area).attr('fill',col).attr('opacity',.12); const p = svg.append('path').datum(data).attr('d',line).attr('fill','none') .attr('stroke',col).attr('stroke-width',2.5).attr('stroke-linecap','round'); const L = p.node().getTotalLength(); p.attr('stroke-dasharray',L+' '+L).attr('stroke-dashoffset',L); const dots = svg.append('g'); data.forEach((d,i)=>{ dots.append('circle').attr('cx',x(i)).attr('cy',y(d)).attr('r',i===data.length-1?4:2.6) .attr('fill',i===data.length-1?col:C.paper).attr('stroke',col).attr('stroke-width',1.6).attr('opacity',0) .attr('class','sov-dot'); }); svgEl._reveal = ()=>{ p.transition().duration(1100).ease(d3.easeCubicOut).attr('stroke-dashoffset',0); dots.selectAll('.sov-dot').transition().duration(400).delay((d,i)=>600+i*120).attr('opacity',1); }; }); const obs = new IntersectionObserver((es)=>{ es.forEach(e=>{ if(!e.isIntersecting) return; cards.forEach((card,ci)=>{ const numEl = card.querySelector('[data-sov-count]'); const target = parseFloat(numEl.dataset.sovCount); const suffix = numEl.dataset.suffix||''; const dec = parseInt(numEl.dataset.dec||'0',10); const sep = numEl.dataset.sep||''; setTimeout(()=>{ if(window.countUp && window.countUp.CountUp){ const cu = new window.countUp.CountUp(numEl, target, {duration:2, decimalPlaces:dec, separator:sep, suffix:suffix}); if(!cu.error) cu.start(); else numEl.textContent=target+suffix; } else { numEl.textContent = target+suffix; } const spark = card.querySelector('svg[data-spark]'); if(spark && spark._reveal) spark._reveal(); }, ci*180); }); obs.disconnect(); }); },{threshold:.3}); obs.observe(cards[0]); })(); /* ============================================================ VIZ 06 — ESCALIER DES SIX CHANTIERS ============================================================ */ const STAIR = [ {name:'Capacités administratives', color:C.wheat, leaves:['Simplification','Numérisation','Responsabilités','Protection des agents']}, {name:'Rééquilibrage territorial', color:C.olive, leaves:['Infrastructures','Transport','Santé & éducation','Investissement']}, {name:'Politique industrielle', color:C.earth, leaves:['Technologies','Numérique','Renouvelables','Agroalimentaire']}, {name:'Financement de l\'économie', color:C.sky, leaves:['Banque publique','Crédit aux PME','Secteur bancaire','Économie réelle']}, {name:'Doctrine migratoire', color:C.wheatDeep, leaves:['Coopération africaine','Gestion transparente','Anti-réseaux','Négociation UE']}, {name:'Contrat social', color:C.rust, leaves:['Protection sociale','Accès au crédit','Emploi','Anti-inflation']} ]; (function(){ const svg = d3.select('#ssqStair'); if(svg.empty()) return; const W=1000, H=560; const n = STAIR.length; const padL=70, padR=40, padB=70, padT=46; const stepW = (W-padL-padR)/n; const stepH = (H-padT-padB)/n; const detail = document.getElementById('ssqStairDetail'); svg.append('text').attr('x',padL-50).attr('y',H-padB+44).attr('font-family','JetBrains Mono, monospace') .attr('font-size',11).attr('fill',C.mute).text(''); svg.append('text').attr('x',W-padR).attr('y',padT-18).attr('text-anchor','end').attr('font-family','JetBrains Mono, monospace') .attr('font-size',11).attr('fill',C.mute).text(''); const groups=[]; let activeIdx = -1; function showDetail(i){ const s = STAIR[i]; detail.querySelector('.vsd-num').textContent = String(i+1).padStart(2,'0'); detail.querySelector('.vsd-num').style.background = s.color; detail.querySelector('.vsd-title').textContent = s.name; detail.querySelector('h5').style.color = s.color; detail.querySelector('h5 .vsd-title').style.color = C.ink; const ul = detail.querySelector('ul'); ul.innerHTML = s.leaves.map(l=>`
  • ${l}
  • `).join(''); detail.style.borderLeftColor = s.color; detail.classList.add('show'); } STAIR.forEach((s,i)=>{ const x0 = padL + i*stepW; const y0 = H-padB - (i+1)*stepH; const g = svg.append('g').attr('opacity',0).style('cursor','pointer'); g.append('rect').attr('x',x0).attr('y',y0).attr('width',stepW-6).attr('height',(i+1)*stepH) .attr('fill',s.color).attr('opacity',.10); const tread = g.append('rect').attr('x',x0).attr('y',y0).attr('width',stepW-6).attr('height',stepH) .attr('fill',s.color).attr('fill-opacity',.9).attr('rx',4).attr('stroke',C.paper).attr('stroke-width',2); g.append('text').attr('x',x0+(stepW-6)/2).attr('y',y0+stepH/2+2).attr('text-anchor','middle').attr('dominant-baseline','middle') .attr('font-family','Cormorant Garamond, serif').attr('font-style','italic').attr('font-weight',700) .attr('font-size',26).attr('fill','#fff').text(String(i+1).padStart(2,'0')); const lbl = g.append('text').attr('x',x0+(stepW-6)/2).attr('y',y0-22).attr('text-anchor','middle') .attr('font-family','Cormorant Garamond, serif').attr('font-style','italic').attr('font-weight',600) .attr('font-size',15).attr('fill',C.ink); const words=s.name.split(' '); if(s.name.length>14 && words.length>1){ const mid=Math.ceil(words.length/2); lbl.append('tspan').attr('x',x0+(stepW-6)/2).attr('dy',0).text(words.slice(0,mid).join(' ')); lbl.append('tspan').attr('x',x0+(stepW-6)/2).attr('dy','1.05em').text(words.slice(mid).join(' ')); } else lbl.text(s.name); g.append('line').attr('x1',x0+(stepW-6)/2).attr('x2',x0+(stepW-6)/2) .attr('y1',y0-12).attr('y2',y0-2).attr('stroke',s.color).attr('stroke-width',1).attr('opacity',.5); tread.on('mouseenter',()=>{ if(activeIdx!==i) tread.transition().duration(200).attr('fill-opacity',1); }) .on('mouseleave',()=>{ if(activeIdx!==i) tread.transition().duration(200).attr('fill-opacity',.9); }) .on('click',()=>{ groups.forEach((o,j)=>{ if(j!==i) o.tread.transition().duration(200).attr('fill-opacity',.9).attr('stroke-width',2).attr('stroke',C.paper); }); activeIdx = i; tread.transition().duration(200).attr('fill-opacity',1).attr('stroke-width',3).attr('stroke',C.ink); showDetail(i); }); groups.push({g,y0,tread}); }); ScrollTrigger.create({ trigger:'#ssqStair', start:'top 80%', onEnter:()=>{ groups.forEach((o,i)=>{ o.g.attr('transform','translate(0,30)') .transition().duration(700).delay(i*130).ease(d3.easeCubicOut) .attr('opacity',1).attr('transform','translate(0,0)'); }); } }); })(); /* VIZ 06 — MOBILE (cartes de chantiers avec leviers) */ (function(){ const wrap = document.getElementById('ssqStairMobile'); if(!wrap) return; let html=''; STAIR.forEach((s,i)=>{ html += `
    ${i+1}
    ${s.name}
    ${s.leaves.map(l=>`${l}`).join('')}
    `; }); wrap.innerHTML = html; })(); })();

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